Xavier Depraz


Xavier Depraz

Xavier Depraz, né Xavier Marcel Delaruelle le 22 avril 1926 à Albert, dans la Somme, et mort le 18 octobre 1994 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, est un artiste lyrique et acteur français. Basse de l’Opéra de Paris avant de devenir comédien, il participe à plusieurs créations majeures du répertoire contemporain puis mène une seconde carrière au cinéma et à la télévision. Dialogues des carmélites, The Rake’s Progress, L’Homme qui rit, Les Rois maudits, Mort d’un pourri et Pour la peau d’un flic comptent parmi les principaux repères de son parcours.

Depraz entre au Conservatoire de Paris en 1947 et y suit une formation particulièrement complète. Il travaille le chant avec Fernand Francell, la scène avec Louis Musy et le théâtre avec René Simon. Cette combinaison donne à sa future carrière une base à la fois musicale, dramatique et vocale.

Il débute au début des années 1950 à l’Opéra-Comique, notamment dans Le Barbier de Séville. Sa voix de basse, profonde et très projetée, le fait rapidement remarquer. Il rejoint ensuite l’Opéra de Paris et s’impose dans de nombreux rôles du grand répertoire.

En 1953, il participe à la première parisienne de The Rake’s Progress d’Igor Stravinski dans le rôle de Nick Shadow. Cette œuvre, l’une des grandes partitions lyriques du XXe siècle, demande autant de précision théâtrale que musicale. Depraz y montre une capacité à donner une forte présence dramatique à sa voix.

Il participe également à la création française ou parisienne de plusieurs œuvres contemporaines. Dialogues des carmélites de Francis Poulenc constitue l’un des repères les plus importants, avec le rôle du marquis de La Force. Son nom reste ainsi associé à une partition devenue un classique du répertoire international.

Depraz chante aussi dans L’Ange de feu de Prokofiev, Le Fou de Marcel Landowski et de nombreuses productions de Mozart, Verdi, Massenet ou Bartók. Don Giovanni, Rigoletto, Don Quichotte, Thaïs et Le Château de Barbe-Bleue font partie des œuvres auxquelles son nom est lié. Sa carrière lyrique couvre donc un champ particulièrement large.

Sa grande taille, son visage émacié et son timbre très grave lui donnent une présence scénique immédiatement reconnaissable. Ces caractéristiques vont jouer un rôle décisif lorsqu’il se tourne vers le métier d’acteur. Les réalisateurs l’emploieront souvent pour des militaires, ecclésiastiques, chefs autoritaires ou personnages inquiétants.

Au début des années 1970, il développe une seconde carrière à la télévision. L’Homme qui rit de Jean Kerchbron lui donne le rôle d’Ursus, personnage central dans l’adaptation de Victor Hugo. Cette performance montre qu’il peut utiliser sa voix et son corps hors du cadre de l’opéra.

Les Rois maudits en 1972 constitue un autre rôle télévisé particulièrement célèbre. Depraz y incarne Jacques de Molay, dernier grand maître des Templiers. Sa malédiction lancée au début de la saga donne à la série l’une de ses scènes les plus mémorables.

Le personnage correspond parfaitement à son physique et à sa voix. Depraz donne à Jacques de Molay une dimension presque prophétique, et sa présence marque durablement les téléspectateurs. La série devient un classique de la télévision française.

Au cinéma, il apparaît dans L’Emmerdeur d’Édouard Molinaro, Je sais rien mais je dirai tout de Pierre Richard et plusieurs productions policières. Sa silhouette sévère fonctionne particulièrement bien dans les récits de pouvoir, de crime ou de confrontation. Il passe ainsi de l’opéra à la comédie et au polar avec une facilité remarquable.

Mort d’un pourri en 1977 le réunit avec Alain Delon dans un thriller politique. L’année suivante, Un papillon sur l’épaule de Jacques Deray confirme son association au cinéma de suspense. Depraz y apporte une présence institutionnelle ou menaçante selon les besoins du récit.

Pour la peau d’un flic en 1981, réalisé par Alain Delon, constitue un autre crédit marquant. Depraz y apparaît dans un univers policier brutal, très éloigné de ses débuts lyriques. Cette évolution montre combien sa carrière d’acteur a fini par devenir autonome par rapport à son passé de chanteur.

Il continue parallèlement à transmettre son savoir musical. En 1973, il devient professeur d’art lyrique au Conservatoire de Paris. Cette fonction pédagogique prolonge une carrière de scène fondée sur plusieurs décennies d’expérience.

Les enregistrements de Depraz permettent encore aujourd’hui d’entendre sa voix dans plusieurs opéras et œuvres religieuses. Son travail ne survit donc pas seulement à travers les films et séries. Le patrimoine discographique conserve une dimension essentielle de son identité artistique.

Il poursuit ses apparitions à l’écran jusque dans les années 1990, notamment dans Marie Curie, une femme honorable. Sa carrière aura ainsi relié deux mondes qui sont souvent séparés : l’opéra institutionnel et le cinéma populaire. Peu d’artistes ont réussi une transition aussi complète entre ces univers.

Xavier Depraz meurt en 1994 à l’âge de soixante-huit ans. En 2026, son nom reste associé à la fois à la création lyrique française de l’après-guerre et aux grandes fictions télévisées des années 1970. Jacques de Molay dans Les Rois maudits demeure l’image la plus populaire d’un artiste dont la première vie professionnelle s’était pourtant déroulée sur les scènes d’opéra.

Parcours et dates clés

Formation / Opéra
– 22 avril 1926 – Naissance à Albert, Somme
– 1947 – Entrée au Conservatoire de Paris
– 1952 – Débuts à l’Opéra-Comique
– 1953 – The Rake’s Progress – rôle de Nick Shadow à Paris
– 1957 – Dialogues des carmélites – rôle du marquis de La Force
– 1973 – Nomination comme professeur d’art lyrique au Conservatoire de Paris

Télévision / Cinéma
– 1971 – L’Homme qui rit – rôle d’Ursus
– 1972 – Les Rois maudits – rôle de Jacques de Molay
– 1973 – L’Emmerdeur – participation
– 1977 – Mort d’un pourri – participation
– 1978 – Un papillon sur l’épaule – participation
– 1981 – Pour la peau d’un flic – participation
– 1991 – Marie Curie, une femme honorable – rôle d’Anatole France

Repères personnels
– 18 octobre 1994 – Décès à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs

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