Yacef Saadi


Yacef Saadi

Yacef Saâdi est un ancien combattant de l’indépendance algérienne, écrivain, producteur de cinéma, acteur et homme politique né le 20 janvier 1928 dans la Casbah d’Alger et mort le 10 septembre 2021 à Alger. Chef de la Zone autonome d’Alger du FLN pendant la bataille d’Alger, il devient ensuite l’un des principaux artisans du film La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, dans lequel il joue un personnage inspiré de sa propre expérience. Son parcours relie directement histoire politique, mémoire et cinéma.

Issu d’une famille kabyle modeste installée dans la Casbah, Yacef quitte tôt l’école et commence à travailler comme apprenti boulanger. Le quartier dans lequel il grandit devient plus tard le centre de l’insurrection urbaine qu’il contribue à organiser. Sa connaissance très précise des rues, maisons et réseaux locaux joue un rôle important dans son parcours militant.

En 1945, il rejoint le Parti du peuple algérien, puis le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. Il participe également à l’Organisation spéciale, structure clandestine destinée à préparer la lutte armée. Après le démantèlement de cette organisation, il séjourne plusieurs années en France avant de revenir à Alger.

Au début de la guerre d’Algérie, il rejoint le Front de libération nationale. Ses responsabilités augmentent rapidement et il devient l’un des responsables de l’action clandestine à Alger. Il travaille notamment avec Larbi Ben M’hidi et coordonne des réseaux dans la Casbah.

En 1956 puis 1957, il joue un rôle central dans la bataille d’Alger. Le FLN développe des actions urbaines, des attentats et des réseaux clandestins tandis que l’armée française met en place une vaste opération de répression. Yacef devient l’un des hommes les plus recherchés de la capitale.

Il est arrêté le 24 septembre 1957 avec Zohra Drif après l’encerclement de sa cache. Condamné à mort, il est finalement gracié puis bénéficie des mesures d’amnistie liées à la fin de la guerre. Sa détention devient également une période d’écriture et de mise en forme de ses souvenirs.

Après l’indépendance, il publie Souvenirs de la bataille d’Alger. Ce texte devient une source majeure pour la représentation ultérieure des événements, même s’il demeure naturellement le récit d’un acteur directement impliqué. Yacef comprend très vite le rôle que le cinéma peut jouer dans la construction de la mémoire nationale.

Il fonde Casbah Films et participe à la production de La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo. Le film est conçu avec une ambition quasi documentaire mais repose sur une mise en scène extrêmement travaillée. Yacef apporte sa connaissance des lieux, des événements et des réseaux de la Casbah.

Il joue également dans le film le personnage de Djafar, directement inspiré de sa propre expérience. Cette situation est exceptionnelle : un ancien chef clandestin rejoue quelques années plus tard une version fictionnalisée de son propre rôle historique. La frontière entre témoignage, mémoire et interprétation devient ainsi particulièrement complexe.

La Bataille d’Alger remporte le Lion d’or à la Mostra de Venise en 1966 et devient un classique mondial du cinéma politique. Le film est étudié aussi bien par des cinéastes que par des historiens, militaires et mouvements militants. Son influence dépasse très largement l’Algérie.

Yacef intervient ensuite régulièrement dans les débats consacrés au film et à la guerre. Il défend sa version des événements et répond aux controverses sur les méthodes du FLN ou de l’armée française. Sa parole reste celle d’un participant et doit être replacée dans les conflits de mémoire qui entourent toujours la bataille d’Alger.

Parallèlement, il occupe plusieurs fonctions publiques. Il dirige notamment l’USM Alger pendant plusieurs années et participe à différentes structures liées aux anciens combattants. À partir de 2001, il devient membre du Conseil de la nation sur nomination présidentielle.

Son mandat de sénateur se poursuit jusqu’en 2016. Cette longue présence institutionnelle montre une évolution très éloignée de la clandestinité des années 1950. Yacef devient progressivement une figure officielle de la mémoire nationale algérienne.

Il apparaît également dans des documentaires, notamment L’Avocat de la terreur de Barbet Schroeder, consacré à Jacques Vergès. Sa présence permet de replacer l’avocat dans le contexte de la guerre d’Algérie et des défenses militantes. Yacef continue ainsi à utiliser le cinéma comme espace de témoignage.

Il meurt à Alger le 10 septembre 2021 à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Les hommages soulignent son rôle historique mais rappellent également les débats toujours ouverts sur la violence de la guerre et les récits concurrents de la bataille d’Alger. Sa disparition marque celle de l’un des derniers grands acteurs directement identifiés à cet épisode.

En 2026, Yacef Saâdi reste une personnalité impossible à séparer de La Bataille d’Alger. Il en fut à la fois acteur historique, mémorialiste, producteur et interprète d’une version fictionnelle de lui-même. Cette superposition entre histoire et cinéma fait de son parcours un cas unique dans la mémoire politique et culturelle de l’Algérie contemporaine.

La Bataille d’Alger reste aujourd’hui au centre des débats sur la représentation de la violence politique au cinéma. Le film est régulièrement montré dans des écoles, universités et institutions militaires précisément parce qu’il met en scène à la fois insurrection clandestine et contre-insurrection. La participation de Yacef Saâdi demeure donc indissociable d’une œuvre dont la réception dépasse largement le cadre artistique.

Parcours et dates clés

Engagement politique / Guerre d’Algérie
– 20 janvier 1928 – Naissance dans la Casbah d’Alger
– 1945 – Adhésion au Parti du peuple algérien
– 1954-1957 – Engagement dans le FLN et montée en responsabilité à Alger
– 1956-1957 – Chef de la Zone autonome d’Alger
– 24 septembre 1957 – Arrestation
– 1962 – Libération et retour à la vie publique après l’indépendance

Cinéma / Écriture
– 1962 – Publication de Souvenirs de la bataille d’Alger
– 1966 – La Bataille d’Alger – producteur et rôle de Djafar
– 1966 – Lion d’or à Venise pour La Bataille d’Alger
– 2007 – L’Avocat de la terreur – apparition documentaire

Fonctions publiques
– 1972-1975 – Présidence de l’USM Alger
– 2001-2016 – Membre du Conseil de la nation

Repères personnels
– 10 septembre 2021 – Décès à Alger

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