Yvan Chiffre


Yvan Chiffre

Yvan Chiffre, né Yvan Lucien Chiffre le 3 mars 1936 à Rousson dans le Gard et mort le 27 septembre 2016 à Adissan dans l’Hérault, est un cascadeur, acteur, réalisateur, scénariste et producteur français. Spécialiste des combats à l’arme blanche et de la coordination de scènes d’action, il travaille sur de nombreuses grandes productions françaises et internationales des années 1960 et 1970. Son nom est notamment associé à Z, Le Cercle rouge, Borsalino, Les Quatre Charlots mousquetaires et à sa réalisation de Bons baisers de Hong Kong.

Il entre dans le cinéma par le travail physique plutôt que par une formation classique de comédien. À une époque où les cascades sont moins encadrées qu’aujourd’hui, le métier demande une grande maîtrise du corps, une connaissance des armes, une capacité à répéter précisément les mouvements et une compréhension très concrète du découpage cinématographique. Chiffre se spécialise particulièrement dans les duels, les bagarres et les affrontements à l’épée.

Cette expertise lui permet de participer à de nombreuses productions ambitieuses. Il travaille sur les cascades de films français et étrangers et apparaît souvent lui-même devant la caméra comme soldat, homme de main, garde ou combattant. Cette double fonction est courante chez les cascadeurs de sa génération, qui doivent parfois exécuter l’action tout en donnant au personnage une présence crédible.

Dans les années 1960, il intervient sur des productions comme Thierry la Fronde et Le Chevalier d’Harmental à la télévision, deux œuvres où les combats d’époque occupent une place importante. La reconstitution historique nécessite une chorégraphie lisible et suffisamment spectaculaire pour l’écran, tout en protégeant les acteurs. Chiffre développe ainsi une spécialité qui fait de lui un collaborateur recherché pour les récits de cape et d’épée.

Son travail dépasse rapidement les frontières françaises. Il participe à la coordination ou à l’exécution de cascades sur de grandes productions internationales, notamment autour de films d’espionnage, de guerre et d’aventure. Cette dimension internationale lui permet de se confronter à des méthodes de tournage différentes et à des équipes techniques de grande ampleur.

Il intervient également dans Z de Costa-Gavras en 1969 et Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville en 1970. Ces films appartiennent à des registres très éloignés du pur spectacle de cape et d’épée, mais leur mise en scène exige une grande précision des déplacements, poursuites et affrontements. Chiffre y montre que le métier de cascadeur ne se limite pas aux exploits visibles : il consiste aussi à donner une crédibilité physique à des scènes réalistes.

Borsalino et d’autres films policiers du début des années 1970 renforcent son association avec un cinéma français où l’action prend une place croissante. Il travaille avec des vedettes et réalisateurs majeurs et devient l’un des spécialistes français de la coordination physique. Son expérience lui permet bientôt de passer à la mise en scène et d’utiliser sa connaissance du rythme de l’action dans la construction d’un long métrage.

Après avoir dirigé les cascades des films des Charlots inspirés des Trois Mousquetaires, il se voit confier la réalisation de Bons baisers de Hong Kong en 1975. La comédie parodie l’univers de James Bond et utilise précisément les codes de l’espionnage et du cinéma d’action qu’il connaît de l’intérieur. Cette expérience montre le passage d’un technicien spécialisé à un réalisateur capable d’organiser l’ensemble d’un film.

Il réalise ensuite Le Fou du roi en 1984 et President’s Target en 1989. Même si ces films n’atteignent pas la popularité de ses collaborations comme cascadeur, ils prolongent une carrière où la mise en scène de l’action reste centrale. Il intervient aussi comme scénariste et producteur, élargissant progressivement ses responsabilités dans la fabrication des œuvres.

En dehors du cinéma, Chiffre crée et met en scène des spectacles médiévaux. Les Chevaliers du Temps, puis d’autres spectacles historiques organisés dans différentes régions françaises, lui permettent de transposer les combats et les reconstitutions dans un rapport direct avec le public. Ce travail prolonge naturellement sa maîtrise de l’escrime de spectacle et de la coordination des affrontements.

En 1992, il publie son autobiographie À l’ombre des stars : 30 ans d’action dans le cinéma. Le titre résume parfaitement une profession souvent placée derrière les vedettes mais indispensable aux grandes scènes spectaculaires. Chiffre y transmet l’expérience d’un métier dangereux, collectif et longtemps moins visible que ceux de l’acteur ou du réalisateur.

Il meurt en 2016 à l’âge de 80 ans. L’année suivante, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences l’intègre à un hommage consacré aux professionnels du cinéma disparus, reconnaissance internationale de la place qu’il a occupée dans les métiers de l’action. Yvan Chiffre laisse ainsi l’image d’un pionnier français des cascades, capable de transformer une spécialité physique en carrière de réalisateur, de scénariste et de créateur de spectacles.

La transmission constitue une dimension importante de sa dernière partie de carrière. En créant des spectacles historiques et en publiant ses souvenirs, Chiffre transforme une expérience technique souvent transmise oralement en matière accessible à d’autres générations. Les cascades de son époque reposaient sur des savoir-faire acquis par pratique, imitation et répétition plutôt que sur les structures professionnelles actuelles. Son témoignage permet donc de comprendre concrètement l’évolution de la sécurité, de la chorégraphie et du statut du cascadeur dans le cinéma français.

Parcours et dates clés

Cascades / Cinéma
– Années 1960 – Développement d’une spécialité dans les combats à l’arme blanche et les cascades
– 1966 – Thierry la Fronde et Le Chevalier d’Harmental – travail de cascades à la télévision
– 1969 – Z – participation comme acteur/cascadeur
– 1970 – Le Cercle rouge – participation
– 1970 – Borsalino – participation liée aux scènes d’action
– Années 1970 – Coordination de cascades sur de nombreuses productions françaises et internationales

Réalisation
– 1975 – Bons baisers de Hong Kong – réalisateur
– 1984 – Le Fou du roi – réalisateur
– 1989 – President’s Target – réalisateur

Spectacles / Publication
– Fin des années 1970 – Les Chevaliers du Temps – spectacle médiéval itinérant
– 1992 – À l’ombre des stars : 30 ans d’action dans le cinéma – autobiographie

Distinctions / Repères
– 3 mars 1936 – Naissance à Rousson, Gard
– 27 septembre 2016 – Décès à Adissan, Hérault
– 2017 – Hommage de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences

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