Yves Brainville


Yves Brainville

Yves Brainville, de son nom complet Yves René Marie de La Chevardière de La Grandville, est un acteur, auteur dramatique et homme de théâtre français né le 8 mars 1914 à Paris et mort le 16 novembre 1993 dans la même ville. Son parcours couvre plus d’un demi-siècle de scène, de cinéma, de télévision et de doublage, avec une préférence constante pour le théâtre. Le grand public le reconnaît notamment dans L’Homme qui en savait trop d’Alfred Hitchcock, La Nuit des généraux, Le Clan des Siciliens ou encore Le Bunker, tandis que sa carrière scénique comprend des textes de Camus, Ibsen, Cocteau et de nombreux auteurs contemporains.

Il naît dans une famille aisée, d’un père aristocrate français, Albert de La Chevardière de La Grandville, et d’une mère américaine, Sophronia Reed Williams. Après une scolarité chez les jésuites puis au lycée Janson-de-Sailly, il obtient le baccalauréat et envisage un temps des études supérieures classiques. Son attirance pour le théâtre l’emporte cependant et il suit les cours de Julien Bertheau et de Raymond Rouleau, deux figures importantes de la formation et de la mise en scène françaises.

Il choisit le pseudonyme Yves Brainville afin de simplifier un nom de famille très long tout en conservant une idée de ses doubles racines françaises et américaines. Dès 1938, il devient l’assistant de Raymond Rouleau, ce qui lui permet de découvrir de l’intérieur le travail de mise en scène, de répétition et de direction d’acteurs. Ses premiers rôles au cinéma apparaissent à la même époque, notamment dans Entrée des artistes, mais la scène demeure son domaine privilégié.

La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cette progression. Mobilisé en 1940, Brainville est capturé par les forces allemandes et interné au Stalag IX-A de Ziegenhain, où il côtoie notamment François Mitterrand. Même en captivité, il organise une activité théâtrale en créant le Groupe artistique Ziegenhain, troupe composée de prisonniers, montrant à quel point la pratique de la scène constitue déjà pour lui une nécessité plus qu’un simple métier.

Après son retour, il reprend rapidement sa carrière et épouse en 1946 la comédienne Léone Nogarède. Le couple aura trois filles, Nathalie, Camille et Olivia, qui s’orienteront elles aussi vers des disciplines artistiques. Cette vie familiale prolonge un environnement où la création, la scène et le mouvement tiennent une place centrale, tandis que Brainville multiplie les engagements théâtraux dans l’après-guerre.

Il joue notamment dans Les Justes d’Albert Camus aux côtés de Serge Reggiani et Maria Casarès, ainsi que dans des œuvres de Jean Cocteau, John Steinbeck, Henrik Ibsen, Georges Simenon et Diego Fabbri. Cette diversité témoigne d’un comédien attiré par les textes exigeants et les personnages d’autorité ou de conflit intérieur. Sa grande taille, sa diction précise et son maintien lui valent fréquemment des rôles de militaires, magistrats, diplomates ou responsables institutionnels.

Le cinéma international exploite cette présence. Dans L’Homme qui en savait trop d’Alfred Hitchcock en 1956, il incarne un inspecteur de police français, au sein d’un thriller avec James Stewart et Doris Day. Il participe ensuite à plusieurs coproductions européennes et internationales, sa maîtrise de l’anglais et son profil cosmopolite constituant des atouts rares parmi les acteurs français de sa génération.

La Nuit des généraux, sorti en 1967, lui offre le rôle de Liesowski dans une production réunissant Peter O’Toole, Omar Sharif et Philippe Noiret. Le film associe enquête criminelle et contexte de la Seconde Guerre mondiale, univers dans lequel la présence de Brainville trouve naturellement sa place. Deux ans plus tard, il apparaît dans Le Clan des Siciliens d’Henri Verneuil, autre succès majeur du cinéma policier français.

Il tourne encore dans Love and Death de Woody Allen en 1975, où il interprète André, montrant qu’il peut également trouver sa place dans une comédie historique au ton parodique. Il participe ensuite à The Bunker, production consacrée aux derniers jours d’Adolf Hitler, ainsi qu’à de nombreuses séries et téléfilms. Sa carrière à l’écran reste très riche sans jamais effacer son attachement au théâtre.

Le doublage constitue une autre composante importante de son activité. Sa voix grave, sa diction et sa connaissance de l’anglais le rendent particulièrement adapté au doublage d’acteurs étrangers et de personnages d’autorité. Cette activité prolonge naturellement son expérience scénique, où le contrôle de la voix et de la respiration constitue une part essentielle du métier.

Brainville écrit également pour le théâtre et conserve une vision très complète du spectacle, qui ne se limite pas à l’interprétation. Son passage par l’assistanat de mise en scène, l’expérience du camp de prisonniers et la diversité de ses engagements lui donnent une trajectoire inhabituelle. Il appartient à une génération pour laquelle le métier d’acteur pouvait se construire dans la durée, en alternant grands textes, films populaires, coproductions internationales et télévision.

Il meurt à Paris en novembre 1993 à l’âge de 79 ans. Son parcours reste celui d’un acteur de composition à la culture théâtrale profonde, capable de traverser plusieurs systèmes de production sans perdre une identité très reconnaissable. L’Homme qui en savait trop, La Nuit des généraux et Le Clan des Siciliens entretiennent sa mémoire cinématographique, tandis que ses nombreuses créations scéniques rappellent que son véritable centre de gravité fut toujours le théâtre.

Parcours et dates clés

Formation / Théâtre
– 1937-1938 – Formation auprès de Julien Bertheau et Raymond Rouleau
– 1938 – Assistant de Raymond Rouleau et débuts professionnels
– 1940-1945 – Prisonnier de guerre au Stalag IX-A ; création du Groupe artistique Ziegenhain
– Années 1940-1980 – Nombreuses pièces de Cocteau, Camus, Ibsen, Steinbeck, Simenon et autres auteurs

Cinéma
– 1938 – Entrée des artistes – rôle de Sylvestre
– 1956 – L’Homme qui en savait trop – inspecteur de police français
– 1967 – La Nuit des généraux – rôle de Liesowski
– 1969 – Le Clan des Siciliens – participation
– 1975 – Love and Death / Guerre et Amour – rôle d’André
– 1981 – The Bunker – participation

Repères personnels
– 8 mars 1914 – Naissance à Paris
– 1946 – Mariage avec la comédienne Léone Nogarède
– 16 novembre 1993 – Décès à Paris

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