Yves Robert


Yves Robert

Yves Robert est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur français né le 19 juin 1920 à Saumur, dans le Maine-et-Loire, et mort le 10 mai 2002 à Paris. Son œuvre occupe une place importante dans la comédie française de la seconde moitié du XXe siècle, avec des films devenus très populaires comme La Guerre des boutons, Alexandre le Bienheureux, Le Grand Blond avec une chaussure noire, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère. Son cinéma associe humour, tendresse, goût des personnages ordinaires et attachement aux liens d’amitié.

Il monte à Paris avant l’âge de vingt ans et exerce d’abord de nombreux métiers pour vivre. Typographe, terrassier et livreur comptent parmi les activités qu’il pratique avant d’entrer véritablement dans le monde du spectacle. Il se fait remarquer dans les cabarets et les petites scènes par ses qualités de mime et d’imitateur, puis travaille au théâtre en abordant des textes d’auteurs comme Jacques Prévert, Boris Vian, Marcel Aymé, Jean Anouilh ou Jean Cocteau.

Sa carrière d’acteur de cinéma commence à la fin des années 1940. Il apparaît notamment dans Les Dieux du dimanche puis dans Juliette ou la Clé des songes de Marcel Carné, avant d’enchaîner de nombreux seconds rôles. Dans Les Grandes Manœuvres de René Clair ou La Jument verte de Claude Autant-Lara, il montre une manière de jouer naturelle, souvent empreinte d’ironie, qui annonce déjà le ton de ses futures réalisations.

Très vite, Yves Robert souhaite également passer derrière la caméra. Après des courts métrages et une première expérience avec Les Hommes ne pensent qu’à ça, il trouve réellement son style avec Ni vu, ni connu en 1958, porté par Louis de Funès. Le film révèle son goût pour les personnages frondeurs, les communautés provinciales et une comédie où le désordre naît moins de la méchanceté que d’un refus joyeux des conventions.

La Guerre des boutons, adaptation du roman de Louis Pergaud réalisée au début des années 1960, devient l’un de ses films les plus célèbres. Le récit oppose deux bandes d’enfants de villages voisins dans une guerre miniature où l’invention, la solidarité et la cruauté enfantine se mêlent. Le film reçoit le prix Jean-Vigo et s’impose durablement dans la mémoire du cinéma français, au point d’être régulièrement rediffusé et réadapté plusieurs décennies plus tard.

Yves Robert poursuit ensuite avec Bébert et l’Omnibus, Les Copains et Alexandre le Bienheureux. Ce dernier, avec Philippe Noiret, raconte l’histoire d’un homme qui choisit de ralentir radicalement son existence après la mort de son épouse autoritaire. Derrière la fantaisie, le cinéaste développe une réflexion très personnelle sur le temps, le refus de l’agitation sociale et la possibilité de vivre selon son propre rythme.

Au début des années 1970, il réalise Le Grand Blond avec une chaussure noire, comédie d’espionnage portée par Pierre Richard. Le film rencontre un important succès et donne lieu à une suite, Le Retour du Grand Blond. Robert détourne les codes du film d’espionnage en plaçant au centre du récit un homme ordinaire choisi au hasard, procédé qui lui permet d’opposer la logique absurde des services secrets à la naïveté d’un personnage qui ignore presque tout du danger qui l’entoure.

Sa collaboration avec le scénariste Jean-Loup Dabadie atteint un sommet avec Un éléphant ça trompe énormément en 1976 puis Nous irons tous au paradis en 1977. Les films suivent un groupe d’amis confrontés à l’âge, aux relations amoureuses, aux mensonges et aux petites lâchetés du quotidien. Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos et Victor Lanoux forment un quatuor dont la complicité donne aux comédies une profondeur mélancolique inhabituelle derrière l’efficacité des dialogues.

Robert est également producteur et contribue à accompagner d’autres cinéastes, notamment Pierre Richard, dont il soutient plusieurs projets. Il participe aussi à la diffusion en France d’œuvres britanniques et garde une curiosité constante pour des formes de comédie différentes. Son travail de producteur complète ainsi une carrière de réalisateur qui ne se limite pas à la mise en scène mais s’inscrit dans une véritable politique de création et de découverte.

En 1990, il connaît un nouveau grand succès avec La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, adaptés des souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Les deux films séduisent un très large public grâce à leur évocation de la famille, des paysages provençaux et du passage de l’enfance vers une conscience plus complexe du monde. Robert retrouve alors les thèmes qui parcourent toute son œuvre : l’apprentissage, les liens affectifs, la mémoire et le plaisir de raconter des vies ordinaires.

Il continue encore à réaliser au début des années 1990 avec Le Bal des casse-pieds puis Montparnasse-Pondichéry. Même si ces derniers films n’atteignent pas la popularité de ses grands succès, ils prolongent son intérêt pour les groupes, les maladresses humaines et les rencontres imprévues. Sa filmographie conserve une grande cohérence, fondée sur un humour rarement cynique et sur une attention constante à la dignité de personnages parfois ridicules mais jamais méprisés.

Yves Robert meurt en 2002 à l’âge de 81 ans. Son héritage se mesure autant au nombre de films restés populaires qu’à l’influence de sa tonalité sur la comédie française. La Guerre des boutons, Alexandre le Bienheureux, Le Grand Blond avec une chaussure noire, Un éléphant ça trompe énormément et les adaptations de Pagnol composent une œuvre qui continue de transmettre une idée du cinéma comme espace de plaisir, de mémoire et de fraternité.

Parcours et dates clés

Cinéma – Réalisation
– 1954 – Les Hommes ne pensent qu’à ça – premier long métrage comme réalisateur
– 1958 – Ni vu, ni connu – succès avec Louis de Funès
– 1961-1962 – La Guerre des boutons – adaptation de Louis Pergaud et prix Jean-Vigo
– 1963 – Bébert et l’Omnibus
– 1967 – Alexandre le Bienheureux
– 1972 – Le Grand Blond avec une chaussure noire
– 1974 – Le Retour du Grand Blond
– 1976 – Un éléphant ça trompe énormément
– 1977 – Nous irons tous au paradis
– 1984 – Le Jumeau
– 1990 – La Gloire de mon père
– 1990 – Le Château de ma mère
– 1991 – Le Bal des casse-pieds
– 1993 – Montparnasse-Pondichéry

Interprétation / Production
– 1948 – Les Dieux du dimanche – premiers rôles au cinéma
– 1955 – Les Grandes Manœuvres – acteur sous la direction de René Clair
– Années 1960-1980 – Activité régulière comme acteur et producteur aux côtés de plusieurs cinéastes français

Distinctions
– 1961 – Prix Jean-Vigo pour La Guerre des boutons
– 1977 – Nous irons tous au paradis – nomination au César du meilleur film

Repères personnels
– 19 juin 1920 – Naissance à Saumur, Maine-et-Loire
– 10 mai 2002 – Décès à Paris

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