
Zakes Mokae
Zakes Makgona Mokae, généralement connu sous le nom de Zakes Mokae, est un acteur sud-africain né le 5 août 1934 à Johannesburg et mort le 11 septembre 2009 à Las Vegas. Son parcours est indissociable de la lutte contre l’apartheid et de sa longue collaboration avec le dramaturge Athol Fugard. Au théâtre comme au cinéma, il a incarné des personnages marqués par la violence sociale, l’exil et les rapports de pouvoir, avant de devenir l’un des acteurs sud-africains les plus reconnus sur les scènes anglo-américaines.
Avant de devenir comédien, Mokae s’intéresse à la musique et joue du saxophone dans le contexte du jazz sud-africain. Il évolue dans un pays où les lois de l’apartheid structurent la vie quotidienne et limitent brutalement les possibilités offertes aux artistes noirs. Cette expérience directe de la ségrégation donne une profondeur particulière aux œuvres qu’il interprète ensuite, notamment celles d’Athol Fugard.
Sa rencontre avec Fugard constitue un tournant décisif. Au début des années 1960, il joue dans Blood Knot, pièce centrée sur deux demi-frères sud-africains dont les couleurs de peau différentes révèlent l’absurdité et la violence des classifications raciales. Mokae interprète Zachariah, personnage noir confronté avec son frère Morris à la réalité d’un système où la peau détermine la liberté, le travail et la possibilité même de circuler.
La pièce devient l’un des textes fondateurs du théâtre sud-africain anti-apartheid et fait connaître ses interprètes à l’étranger. Mokae quitte l’Afrique du Sud pour le Royaume-Uni en 1961, puis s’installe aux États-Unis à la fin des années 1960. Cet exil lui permet de poursuivre son métier dans des conditions plus ouvertes, mais il conserve un lien constant avec les thèmes et auteurs qui interrogent la situation de son pays.
Au cinéma, il apparaît dès les années 1960 dans des productions internationales et construit progressivement une filmographie variée. Il joue notamment dans The Comedians, The River Niger, The Serpent and the Rainbow, A Dry White Season, Dad, Waterworld et Krippendorf’s Tribe. Hollywood lui confie souvent des personnages d’autorité, de menace ou de sagesse, mais son travail dépasse les stéréotypes grâce à une présence vocale et physique immédiatement reconnaissable.
Le théâtre demeure toutefois le cœur de sa réputation. En 1982, il retrouve l’univers de Fugard avec Master Harold...and the Boys, pièce située dans un salon de thé sud-africain où les relations entre un adolescent blanc et deux employés noirs révèlent la contamination intime produite par le racisme. Mokae interprète Sam et reçoit le Tony Award du meilleur acteur dans un second rôle dans une pièce, distinction majeure pour un artiste sud-africain ayant commencé sa carrière sous l’apartheid.
Ce rôle est particulièrement important parce que Sam ne se résume ni à une victime ni à un symbole politique. Le personnage possède de l’humour, de la dignité, de la colère et une capacité à comprendre les contradictions du jeune Hally, ce qui oblige le public à observer le racisme dans une relation quotidienne plutôt que comme une abstraction. Mokae donne à cette complexité une force qui devient l’une des références de l’interprétation de la pièce.
Il retrouve plusieurs fois les textes de Fugard et contribue à leur diffusion internationale. Cette collaboration représente une forme de mémoire artistique de l’Afrique du Sud ségrégationniste, portée sur les scènes de Londres, New York et d’autres villes. Mokae devient ainsi non seulement un acteur reconnu, mais aussi un passeur d’expériences sud-africaines auprès de publics qui connaissent parfois mal la réalité quotidienne de l’apartheid.
À la télévision, il apparaît dans de nombreuses séries et téléfilms, ce qui élargit encore son registre. Il peut passer d’un drame historique à une série policière, d’une production fantastique à un rôle contemporain, sans abandonner la gravité particulière qui caractérise son jeu. Cette polyvalence lui permet de travailler régulièrement pendant plusieurs décennies, jusqu’au début des années 2000.
Après la fin officielle de l’apartheid, son parcours est aussi relu comme celui d’un artiste ayant contribué à la visibilité internationale de la création sud-africaine. Les autorités sud-africaines lui accordent l’Order of Ikhamanga in Silver pour sa contribution au théâtre et aux arts, reconnaissance qui replace son exil et ses succès à l’étranger dans une histoire nationale plus large. Cette distinction complète le Tony Award en soulignant la portée culturelle de son travail.
Zakes Mokae meurt en 2009 à l’âge de 75 ans. Son héritage reste fortement attaché à Blood Knot et Master Harold...and the Boys, mais sa carrière couvre aussi des dizaines de rôles au cinéma et à la télévision. De Johannesburg à Broadway, il a transformé une expérience personnelle de la ségrégation en une œuvre d’acteur capable de porter sur scène et à l’écran les contradictions d’une société tout en refusant d’être enfermé dans un seul type de personnage.
Son travail avec Fugard dépasse par ailleurs la simple réussite individuelle. En donnant une incarnation internationale à des textes écrits sous l’apartheid, Mokae contribue à rendre audibles des expériences que le régime cherchait à contrôler ou marginaliser. Le théâtre devient ainsi un espace où la parole politique passe par des relations humaines et non par un discours abstrait. Sa reconnaissance à Broadway montre qu’un acteur formé dans un contexte de ségrégation peut imposer une interprétation universelle sans effacer l’histoire sud-africaine qui lui donne sa force.
Parcours et dates clés
Théâtre
– 1961 – Blood Knot d’Athol Fugard – rôle de Zachariah
– 1961 – Départ pour le Royaume-Uni dans le cadre du développement de sa carrière internationale
– 1982 – Master Harold...and the Boys – rôle de Sam à Broadway
– Années 1980-1990 – Poursuite de collaborations théâtrales liées notamment à l’œuvre d’Athol Fugard
Cinéma
– 1967 – The Comedians – participation
– 1976 – The River Niger – participation
– 1988 – The Serpent and the Rainbow – rôle de Dargent Peytraud
– 1989 – A Dry White Season – participation
– 1995 – Waterworld – participation
– 1998 – Krippendorf’s Tribe – participation
Distinctions
– 1982 – Tony Award – meilleur acteur dans un second rôle dans une pièce pour Master Harold...and the Boys
– 2005 – Order of Ikhamanga in Silver – reconnaissance sud-africaine pour sa contribution aux arts
Repères personnels
– 5 août 1934 – Naissance à Johannesburg, Afrique du Sud
– 1969 – Installation aux États-Unis
– 11 septembre 2009 – Décès à Las Vegas, Nevada