Mohamed Najem


Mohamed Najem

Mohamed Najem est un clarinettiste, joueur de ney, compositeur et pédagogue palestinien né en 1984 à Jérusalem et élevé à Bethléem. Formé au Conservatoire national de musique Edward Saïd puis en France, il développe un langage où le jazz moderne dialogue avec les traditions arabes. Installé à Paris, il dirige le Mohamed Najem Quartet, collabore avec de nombreux musiciens et participe à des projets de transmission. Son album Jaffa Blossom, publié en 2024, confirme une carrière construite autour de la rencontre entre improvisation, mémoire et identité musicale.

Il commence à étudier la musique en Palestine et se forme très jeune au Conservatoire national Edward Saïd. La clarinette devient son instrument principal, mais le ney, flûte traditionnelle du monde arabe, reste également essentiel dans son parcours. Ces deux instruments lui permettent de circuler entre plusieurs traditions. Najem refuse rapidement l’idée qu’il faudrait choisir entre musique arabe et jazz occidental.

En 2005, il obtient un premier prix de musique arabe. Cette distinction confirme une solide maîtrise du répertoire traditionnel. Elle constitue cependant moins un aboutissement qu’un point de départ. Najem cherche déjà à comprendre comment cette culture peut dialoguer avec l’improvisation contemporaine.

Son parcours le conduit ensuite en France. Il rejoint le Conservatoire à rayonnement régional d’Angers et y obtient un Diplôme d’études musicales. Cette formation classique et jazz lui donne une autre approche de la clarinette. Il travaille la sonorité, la lecture, l’harmonie et l’interprétation dans un cadre académique européen.

La confrontation avec plusieurs méthodes d’enseignement enrichit profondément son langage. En Palestine, la tradition orale et les maqâms occupent une place importante. En France, l’écriture, l’harmonie occidentale et le jazz lui apportent d’autres outils. Najem ne cherche pas à fusionner artificiellement ces systèmes ; il apprend plutôt à les faire coexister.

Il participe aussi au Palestine Youth Orchestra. Cette expérience lui donne une pratique orchestrale collective et l’amène à travailler avec de jeunes musiciens issus de plusieurs villes et territoires. L’orchestre constitue un espace de formation mais aussi un symbole culturel. Najem y développe une grande discipline d’ensemble.

Entre 2011 et 2014, il enseigne au Conservatoire Edward Saïd. Revenir comme pédagogue dans l’institution où il s’est formé possède une grande valeur. Il transmet la clarinette et son expérience internationale à une nouvelle génération. Cette dimension pédagogique restera durable dans sa carrière.

À Paris, Mohamed Najem développe progressivement son propre groupe. Le projet Mohamed Najem & Friends puis le Mohamed Najem Quartet lui permettent de composer un répertoire personnel. La clarinette y tient le rôle de voix principale. Le ney apparaît comme une autre couleur, capable de modifier complètement l’espace sonore.

Son écriture utilise souvent les modes arabes sans les traiter comme des éléments décoratifs. Les mélodies peuvent fonctionner selon des logiques différentes de l’harmonie jazz traditionnelle. Le piano, la contrebasse et la batterie doivent donc créer un environnement souple. Cette exigence donne au groupe une identité immédiatement reconnaissable.

Le quartet réunit dans sa formation récente Clément Prioul au piano, Arthur Henn à la contrebasse et Baptiste Castets à la batterie. Les quatre musiciens construisent une musique où chacun conserve sa propre voix. Najem ne demande pas à ses partenaires d’imiter les instruments arabes. Il préfère laisser le jazz rencontrer les mélodies par l’écoute et l’improvisation.

Il développe également Duo Encounter avec l’accordéoniste Manfred Leuchter. Le dialogue entre clarinette, ney et accordéon crée un espace plus dépouillé. Dans ce format, chaque respiration devient importante. Najem explore les possibilités de la conversation musicale sans section rythmique traditionnelle.

Son premier répertoire enregistré met déjà en avant cette volonté de croisement. Les compositions utilisent cordes, percussions et claviers comme environnement pour la clarinette. Najem cherche une musique capable de raconter un trajet plutôt que de démontrer une virtuosité. Le son devient un moyen de relier lieux et souvenirs.

L’identité palestinienne est présente dans son travail mais ne fonctionne jamais comme une étiquette commerciale. Najem parle souvent à travers les titres, les modes et les images musicales. La ville, le déplacement, la mémoire familiale et les frontières deviennent des matériaux de composition. Cette dimension politique reste généralement indirecte mais profondément inscrite dans le répertoire.

À Paris, il participe également à des projets de médiation et de transmission. Il est notamment lié au programme Démos de la Philharmonie de Paris, qui permet à des enfants éloignés de certaines institutions culturelles de pratiquer la musique en orchestre. Najem y utilise son expérience de musicien ayant lui-même traversé plusieurs systèmes d’enseignement. La pédagogie devient un prolongement naturel de la scène.

Cette activité montre qu’il ne conçoit pas la carrière musicale uniquement comme une succession de concerts. Former, accompagner et créer des espaces de rencontre fait partie de son projet. Najem connaît la valeur d’une institution musicale pour un jeune artiste. Il cherche donc à transmettre autant une confiance qu’une technique.

En 2024, l’album Jaffa Blossom marque une étape majeure. Le titre associe Jaffa à l’idée de floraison, image de mémoire et de continuité. Le disque développe pleinement la rencontre entre jazz, mélodies palestiniennes et écriture contemporaine. Il donne au quartet une nouvelle visibilité.

Jaffa Blossom ne repose pas sur une simple juxtaposition de styles. Les morceaux sont construits pour que les différents langages se transforment mutuellement. La clarinette peut adopter une articulation proche du chant arabe avant de se lancer dans une improvisation de jazz. Le piano répond par des harmonies ouvertes, tandis que la contrebasse et la batterie soutiennent sans figer le rythme.

Le disque est suivi de nombreux concerts. En 2025, le Mohamed Najem Quartet se produit notamment au Sunside à Paris et dans plusieurs festivals ou salles. Les concerts permettent au répertoire d’évoluer au-delà de l’enregistrement. Les improvisations deviennent différentes chaque soir.

L’activité se poursuit en 2026 avec de nouvelles dates en France et à l’étranger. Le quartet reste stable autour de Najem, Prioul, Henn et Castets. Cette continuité renforce la qualité du dialogue collectif. Les musiciens peuvent prendre davantage de risques parce qu’ils connaissent parfaitement le vocabulaire du groupe.

Najem participe également à des événements où la musique palestinienne est mise en valeur dans un contexte de solidarité ou de dialogue culturel. Il évite cependant de réduire son travail à un rôle d’ambassadeur politique. Son premier langage reste la musique. La scène lui permet de créer un espace où plusieurs identités peuvent être présentes sans se nier.

La clarinette possède chez lui une sonorité très vocale. Najem utilise les glissandos, les attaques douces et les changements de registre pour se rapprocher parfois de l’ornementation arabe. Mais il conserve aussi la précision d’une formation classique. Cette combinaison donne une grande richesse de timbre.

Le ney joue une fonction différente. Son souffle fragile et ancien crée immédiatement un autre rapport au temps. Lorsque Najem passe de la clarinette au ney, le groupe modifie son écoute. Cette alternance fait partie de la dramaturgie des concerts.

En 2026, Mohamed Najem apparaît comme un musicien pleinement installé dans la scène jazz européenne tout en restant profondément lié à la Palestine. Jaffa Blossom constitue son repère discographique récent, mais son travail de transmission est tout aussi important. Compositeur, interprète et pédagogue, il construit une œuvre où le déplacement géographique devient une source de création plutôt qu’une rupture.

Parcours et dates clés

Formation / Transmission
– 2005 – Premier prix de musique arabe
– Années 2000 – Études au Conservatoire national Edward Saïd puis au CRR d’Angers
– 2011 à 2014 – Enseignement au Conservatoire Edward Saïd
– Années 2020 – Participation à des projets pédagogiques liés à Démos / Philharmonie de Paris

Musique / Projets
– Années 2010 – Développement de Mohamed Najem & Friends et de Duo Encounter
– 2024 – Jaffa Blossom – album
– 2025 – Concerts du Mohamed Najem Quartet, dont le Sunside à Paris
– 2026 – Poursuite des concerts du Mohamed Najem Quartet

Repères personnels
– 1984 – Naissance à Jérusalem et enfance à Bethléem

  • Compositeur
  • Clarinettiste

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