
Thomas Julienne
Thomas Julienne est un contrebassiste, compositeur, arrangeur et pédagogue français dont le parcours associe jazz, musique classique, rock, musiques électroniques et créations interdisciplinaires. Formé aux conservatoires d’Agen et de Bordeaux puis au Centre des Musiques Didier Lockwood, il obtient en 2014 un Diplôme national supérieur professionnel de musicien. Il devient ensuite le fondateur ou membre de plusieurs projets, notamment Theorem of Joy, reQ, United Fools et différentes formations de création. En 2025, Theorem of Joy publie l’album Feux, nouvelle étape d’un travail développé depuis plus d’une décennie.
Julienne commence par étudier le jazz au conservatoire d’Agen. La contrebasse devient progressivement l’instrument autour duquel il construit son identité. Contrairement à une approche uniquement rythmique, il s’intéresse très tôt à la composition et aux couleurs orchestrales. Cette curiosité l’amène à élargir sa formation vers d’autres répertoires.
Il poursuit des études classiques à Bordeaux. Le contact avec l’écriture savante, l’archet et les formes orchestrales complète son vocabulaire de jazzman. Julienne découvre que la contrebasse peut être aussi bien fondation harmonique que voix mélodique. Cette double formation restera très visible dans ses compositions.
Il rejoint ensuite le Centre des Musiques Didier Lockwood et le Pôle Supérieur Paris Boulogne-Billancourt. Il travaille avec de nombreux musiciens et enseignants, parmi lesquels Jean-Paul Macé, Kent Carter, Gilles Naturel, Marc-Michel Lebévillon, Chris Jennings, Christophe Dal Sasso et Carine Bonnefoy. Cette diversité d’approches nourrit son goût pour le métissage. Il apprend autant par les cours que par les rencontres.
En 2014, il valide son Diplôme national supérieur professionnel de musicien. Cette étape clôt une longue période de formation institutionnelle mais ouvre surtout une phase de création plus personnelle. Julienne ne souhaite pas devenir uniquement accompagnateur. Il cherche à développer des univers complets où composition, improvisation et sonorités électroniques peuvent coexister.
Ses références sont très larges. Charles Mingus appartient évidemment à son horizon de contrebassiste, mais il cite ou explore aussi des univers liés à Lili Boulanger, Björk, The Bad Plus ou Godspeed You! Black Emperor. Ces influences ne sont pas reprises littéralement. Elles servent plutôt à autoriser des formes où le jazz peut dialoguer avec le rock, la musique de chambre ou l’électronique.
Cette ouverture se retrouve dans plusieurs groupes. reQ, The Bibao Gaga Memories, United Fools et UHT° figurent parmi les projets auxquels il participe. Chacun développe un rapport différent au rythme et à l’arrangement. Julienne utilise ces expériences comme autant de laboratoires pour son propre langage.
La création de Theorem of Joy devient l’un des grands axes de sa carrière. Le groupe naît du désir de construire une musique narrative, presque cinématographique, où la contrebasse ne domine pas nécessairement mais organise l’espace. Julienne compose et arrange pour un ensemble dont les textures peuvent passer du murmure à une énergie proche du rock. Le nom du projet traduit cette recherche d’un équilibre entre construction et émotion.
En 2018, Theorem of Joy publie un premier album éponyme. Le disque présente déjà les caractéristiques du projet : mélodies longues, importance des timbres, improvisation et recherche de formes. Julienne y affirme sa place de compositeur. La critique remarque une musique qui dépasse la simple esthétique du quartet de jazz traditionnel.
Le groupe continue à se produire en concert et à faire évoluer le répertoire. Pour Julienne, la scène est essentielle car elle permet de tester la résistance des compositions. Certaines sections deviennent plus ouvertes, d’autres se resserrent. Les arrangements restent donc vivants après l’enregistrement.
En 2021, L’hiver constitue une nouvelle étape. L’album approfondit le travail sur la couleur et la narration. Le titre évoque une saison mais aussi un état intérieur. Julienne utilise la musique pour construire des paysages plutôt que de raconter une histoire explicite.
Cette manière de composer s’appuie sur une grande attention au son de la contrebasse. L’instrument peut être joué de façon acoustique, préparé ou transformé selon les besoins. Julienne ne recherche pas la virtuosité comme fin en soi. Il préfère utiliser chaque technique pour produire une texture ou un mouvement précis.
Il travaille également dans des formations plus petites. Avec le trio Claude, il participe à Bonnet de bain en 2022. Le projet offre une autre relation à l’espace et à l’improvisation. Une formation réduite oblige chaque musicien à prendre davantage de responsabilités harmoniques et rythmiques.
En 2023, le duo Croix de Cheval constitue encore un autre format. Julienne montre ainsi qu’il ne conçoit pas sa carrière autour d’un seul groupe. Les projets se répondent et permettent d’explorer différentes densités. Cette variété est essentielle pour maintenir une véritable recherche artistique.
En 2024, Dysnomia Live documente une nouvelle facette de son travail. L’enregistrement en concert met davantage en avant l’énergie instantanée et l’interaction. Julienne s’intéresse autant à la trace discographique qu’au moment vivant. Cette coexistence correspond parfaitement au jazz contemporain.
En septembre 2025, Theorem of Joy publie Feux. Le titre marque une nouvelle phase du projet et confirme sa longévité. Le groupe continue à développer une musique où l’écriture précise laisse de la place à l’improvisation. Julienne y approfondit encore la relation entre acoustique, textures et tension dramatique.
Feux montre également l’évolution d’un compositeur qui ne cherche pas à reproduire son premier album. Les arrangements gagnent en maturité et en liberté. La contrebasse peut s’effacer pour laisser respirer les autres instruments puis revenir comme point d’ancrage. Cette capacité à organiser le collectif est l’une des principales qualités de Julienne.
En parallèle, il enseigne et transmet son expérience. La pédagogie lui permet de mettre des mots sur des choix parfois intuitifs. Expliquer l’harmonie, le son ou le rôle de la contrebasse oblige à clarifier sa propre pensée. Cette activité complète naturellement son travail de compositeur.
Il participe aussi à des projets mêlant plusieurs disciplines et à des collaborations où l’image, la danse ou le texte peuvent intervenir. Julienne considère la musique comme un langage capable de dialoguer avec d’autres formes. Cette approche rejoint sa formation initiale, déjà marquée par la diversité des références. Elle donne à son parcours une cohérence malgré la multiplication des groupes.
Dans un paysage musical où les frontières entre jazz, musique contemporaine et rock deviennent de plus en plus poreuses, Thomas Julienne occupe une place particulièrement adaptée. Il ne cherche pas à défendre une pureté de style. Son travail repose au contraire sur la possibilité de construire une identité à partir de plusieurs traditions. La contrebasse devient le point fixe au milieu de ces déplacements.
En 2026, Theorem of Joy demeure son projet le plus personnel et Feux son actualité discographique majeure. Les albums précédents, les trios, duos et collaborations montrent cependant un parcours beaucoup plus large. Thomas Julienne est autant un architecte de formes qu’un contrebassiste. Son identité repose sur l’écriture, l’écoute et le désir constant de faire rencontrer des univers musicaux éloignés.
Parcours et dates clés
Formation
– 2014 – Diplôme national supérieur professionnel de musicien au Pôle Supérieur Paris Boulogne-Billancourt / CMDL
Theorem of Joy
– 2018 – Theorem of Joy – premier album
– 2021 – L’hiver – album
– 19 septembre 2025 – Feux – album
Autres projets
– 2022 – Bonnet de bain – projet du trio Claude
– 2023 – Croix de Cheval – projet en duo
– 2024 – Dysnomia Live – enregistrement live
Transmission
– Années 2010 à 2026 – Activité régulière de pédagogue et de compositeur
- Arrangeur
- Contrebassiste