
Walid Mattar
TunisienWalid Mattar est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie tunisien né le 7 juin 1980 à Tunis. Il se forme très jeune au cinéma amateur avant de construire une carrière entre la Tunisie et la France. Son parcours comprend de nombreux courts métrages documentaires et de fiction, puis deux longs métrages, Vent du Nord et Le Pont. Son cinéma s’intéresse particulièrement aux trajectoires sociales, aux déplacements entre les deux rives de la Méditerranée, à la jeunesse et aux mécanismes économiques qui influencent la vie quotidienne.
Il entre très tôt dans la Fédération tunisienne des cinéastes amateurs. Dès l’adolescence, il découvre la caméra, le montage, la photographie et le travail collectif. Cette formation pratique lui permet d’apprendre le cinéma en réalisant plutôt qu’en suivant immédiatement une école classique. Les festivals amateurs deviennent aussi un espace de rencontre avec d’autres jeunes cinéastes tunisiens.
Au début des années 2000, il travaille comme directeur de la photographie et cadreur sur plusieurs projets. En 2003, il réalise Le Cuirassé Abdelkarim, court métrage qui reçoit un premier prix national au Festival international du film amateur de Kélibia ainsi qu’une médaille de bronze dans une compétition internationale de films non professionnels. Cette reconnaissance confirme très tôt son intérêt pour la réalisation.
En 2005, il travaille à l’image du documentaire Poussières d’étoiles de Hichem Ben Ammar. La même période, il remporte un concours lié au programme Euromed Café et réalise Fils de tortue, son premier court métrage professionnel. Le passage du cinéma amateur à une production structurée constitue une étape importante dans son parcours.
En 2006, Walid Mattar coréalise avec Leyla Bouzid le court métrage Sbeh el Khir, également connu sous le titre Bonjour. Le film s’inscrit dans un programme consacré à de jeunes cinéastes tunisiens et bénéficie d’une exposition internationale. Cette collaboration montre l’existence d’une génération de réalisateurs qui cherchent à renouveler le regard porté sur la société tunisienne.
Il réalise la même année Da Giorgio dans le cadre d’une résidence réunissant des cinéastes de plusieurs continents. Le projet prend la forme d’un portrait documentaire et lui permet d’expérimenter un format plus libre. Mattar continue ainsi à alterner documentaire et fiction, une diversité qui influencera plus tard ses longs métrages.
Il poursuit parallèlement des études liées à l’ingénierie et à la productique. À vingt-trois ans, il s’installe en France, où il continue à travailler dans le cinéma tout en gardant une relation très forte avec la Tunisie. Cette expérience du déplacement et de la double appartenance nourrit directement plusieurs de ses scénarios.
En 2010, il réalise Condamnations, également connu sous le titre Tendid. Le court métrage est sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et reçoit notamment des distinctions pour son scénario et auprès du jeune public. Mattar consolide ainsi une réputation de cinéaste capable de travailler avec des moyens limités tout en construisant des récits socialement précis.
En 2012, il signe Baba Noël puis Offrande. Ces courts métrages poursuivent son observation de personnages ordinaires confrontés à des situations économiques, familiales ou politiques difficiles. Son cinéma refuse généralement la démonstration et préfère montrer comment les grandes transformations sociales passent par des choix très concrets.
Le contexte tunisien après la révolution de 2011 influence profondément son travail. Mattar s’intéresse à la circulation des travailleurs, au chômage, aux espoirs de départ et aux inégalités entre pays du nord et du sud de la Méditerranée. Ces thèmes convergent progressivement vers son premier long métrage.
Vent du Nord sort en 2017. Le film met en parallèle deux trajectoires liées à la délocalisation d’une usine : Hervé, ouvrier français qui perd son emploi, et Foued, jeune Tunisien qui espère bénéficier du transfert de la production. Le récit montre que la logique économique peut déplacer le travail sans nécessairement améliorer la vie de ceux qui se trouvent de chaque côté.
Le film est une coproduction franco-belgo-tunisienne et permet à Walid Mattar d’accéder à une diffusion beaucoup plus large. Il dirige notamment Philippe Rebbot, Mohamed Amine Hamzaoui et Corinne Masiero. Vent du Nord reçoit un bon accueil dans les festivals et confirme son intérêt pour les récits sociaux transnationaux.
Aux Journées cinématographiques de Carthage, Vent du Nord reçoit le Tanit d’or de la meilleure première œuvre. Cette distinction constitue une reconnaissance importante pour un premier long métrage. Elle permet aussi à Mattar de consolider sa place parmi les cinéastes tunisiens actifs entre cinéma national et coproductions européennes.
Après Vent du Nord, il développe un second long métrage pendant plusieurs années. Le projet devient Le Pont et prolonge son intérêt pour une jeunesse tunisienne confrontée au manque de perspectives. Mattar choisit cette fois un récit plus directement lié au désir de départ, à la musique et à une découverte inattendue.
Le Pont suit notamment Foued, Safa et Tita, trois jeunes gens qui rêvent d’un avenir différent. Au cours du tournage d’un clip musical, ils découvrent de la cocaïne et voient dans cette trouvaille la possibilité de financer une fuite vers l’Europe. Le scénario mélange énergie de groupe, tentation de l’argent facile et regard social sur l’absence de perspectives.
Le film est présenté en mai 2026 à l’Institut du monde arabe avant sa sortie française. Cette projection donne au projet une visibilité particulière auprès du public franco-tunisien. Le Pont sort ensuite dans les salles françaises le 27 mai 2026 et devient le principal nouvel événement de la carrière de Walid Mattar.
Avec ce deuxième long métrage, le réalisateur montre une continuité thématique sans répéter exactement Vent du Nord. Le premier film observait le déplacement du travail entre France et Tunisie, tandis que le second regarde des jeunes qui envisagent eux-mêmes le déplacement comme seule issue. Dans les deux cas, l’économie et les frontières influencent directement les choix intimes.
Walid Mattar travaille avec une approche nourrie par son expérience de cadreur et de directeur de la photographie. Il accorde une grande importance aux lieux, aux gestes professionnels et aux visages. Ses films utilisent rarement une mise en scène démonstrative et cherchent plutôt à installer une proximité avec les personnages.
En 2026, son parcours couvre plus de vingt ans de création, depuis le cinéma amateur de Kélibia jusqu’aux longs métrages distribués en France. Vent du Nord et Le Pont constituent les deux principaux jalons de sa filmographie, mais ses courts métrages restent essentiels pour comprendre son langage. Ils montrent un cinéaste profondément lié à la Tunisie tout en observant les circulations permanentes entre les deux rives de la Méditerranée.
Parcours et dates clés
Courts métrages / Documentaires
– 2003 – Le Cuirassé Abdelkarim – réalisation
– 2005 – Fils de tortue – réalisation
– 2006 – Sbeh el Khir / Bonjour – coréalisation avec Leyla Bouzid
– 2006 – Da Giorgio – réalisation
– 2010 – Condamnations / Tendid – réalisation
– 2012 – Baba Noël – réalisation
– 2012 – Offrande – réalisation
Longs métrages
– 2017 – Vent du Nord – réalisateur et scénariste
– 27 mai 2026 – Le Pont – sortie en France
Récompenses et distinctions
– 2003 – Premier prix national au Festival du film amateur de Kélibia pour Le Cuirassé Abdelkarim
– 2017 – Tanit d’or de la meilleure première œuvre aux Journées cinématographiques de Carthage pour Vent du Nord
Repères personnels
– 7 juin 1980 – Naissance à Tunis, Tunisie
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