92ème édition des Oscars 2020
C’est un des évènements annuels attendu par tous, les cérémonies des récompenses ...

Joaquin Rafael Phoenix est un acteur, producteur et militant américain né le 28 octobre 1974 à San Juan, à Porto Rico. Enfant acteur aux côtés de son frère River Phoenix, il construit ensuite l’une des carrières les plus singulières du cinéma américain contemporain, marquée par des personnages instables, vulnérables ou profondément marginaux. Gladiator lui apporte une première reconnaissance mondiale, Walk the Line confirme son talent d’incarnation, The Master et Her consacrent sa réputation critique, tandis que Joker lui vaut l’Oscar du meilleur acteur en 2020. Il poursuit depuis une filmographie volontairement imprévisible avec Beau Is Afraid, Napoleon, Joker: Folie à Deux et Eddington, sorti en 2025 sous la direction d’Ari Aster.
Joaquin Phoenix naît dans une famille nombreuse dont les parents voyagent beaucoup. Avec ses frères et sœurs, il commence très jeune à participer à des publicités et à des émissions télévisées. Les enfants Phoenix sont encouragés à chanter, jouer et se présenter aux castings afin d’aider financièrement la famille. Joaquin utilise un temps le prénom Leaf, dans la continuité des prénoms liés à la nature portés par plusieurs de ses frères et sœurs.
Ses premières apparitions se font à la télévision au début des années 1980. Il joue dans des séries et téléfilms, souvent aux côtés de River Phoenix, qui devient rapidement l’un des jeunes acteurs les plus prometteurs de sa génération. Joaquin développe déjà un jeu très instinctif, mais l’exposition médiatique de son frère occupe naturellement davantage de place. Il apparaît néanmoins dans SpaceCamp puis dans Russkies avant de s’éloigner provisoirement des plateaux.
La mort de River Phoenix en octobre 1993 constitue une fracture majeure dans sa vie. Joaquin est présent lorsque son frère s’effondre devant le Viper Room à Los Angeles et doit appeler les secours. L’enregistrement de cet appel est ensuite diffusé dans les médias, expérience traumatisante qui renforce sa méfiance envers une certaine forme de célébrité. Pendant un temps, il se tient éloigné du système hollywoodien avant de revenir avec une nouvelle détermination.
Son retour au cinéma est marqué par To Die For de Gus Van Sant en 1995. Il y interprète Jimmy Emmett, adolescent manipulé par une présentatrice ambitieuse jouée par Nicole Kidman. Le rôle lui permet d’exprimer une combinaison de fragilité, de naïveté et de danger latent. Cette performance attire l’attention de réalisateurs qui comprennent que Phoenix peut donner de la complexité à des personnages difficiles à classer.
Dans les années suivantes, il apparaît notamment dans Inventing the Abbotts, U Turn et 8MM. Il travaille avec des cinéastes aux styles très différents et refuse de se spécialiser dans les rôles de jeune premier. En 2000, Ridley Scott le choisit pour Gladiator. Joaquin Phoenix incarne Commode, fils de Marc Aurèle devenu empereur de Rome et principal adversaire du général Maximus joué par Russell Crowe.
Commode devient l’un des grands méchants du cinéma des années 2000. Phoenix évite pourtant de le jouer comme une simple figure monstrueuse : il insiste sur sa jalousie, sa peur de ne pas être aimé et son besoin maladif de reconnaissance. Cette approche rend le personnage plus inquiétant encore, car sa violence semble naître d’une profonde immaturité émotionnelle. Le rôle lui vaut sa première nomination à l’Oscar, dans la catégorie du meilleur acteur dans un second rôle.
Il poursuit avec Signs de M. Night Shyamalan, Buffalo Soldiers et The Village. Ces films renforcent son image d’acteur capable de travailler dans des productions populaires sans perdre une certaine étrangeté. Phoenix paraît souvent chercher des personnages qui ne maîtrisent pas entièrement leur environnement. Cette fragilité devient l’un des éléments les plus constants de son jeu.
En 2005, Walk the Line de James Mangold lui confie le rôle de Johnny Cash. Pour préparer le film, Joaquin Phoenix apprend à chanter et à jouer de la guitare et interprète lui-même les chansons. Il ne cherche pas à reproduire parfaitement la voix du chanteur mais à retrouver sa présence, son rythme et les tensions qui traversent sa relation avec June Carter. Sa performance lui vaut le Golden Globe et une nouvelle nomination à l’Oscar.
Après plusieurs films, l’acteur crée la surprise en annonçant en 2008 qu’il abandonne le cinéma pour devenir rappeur. Il apparaît barbu, désorienté et parfois agressif lors d’interviews, notamment chez David Letterman. Cette transformation est finalement révélée comme partie intégrante de I’m Still Here, faux documentaire réalisé par Casey Affleck. Le projet brouille volontairement la frontière entre personnage public et performance et montre jusqu’où Phoenix est prêt à aller pour remettre en cause les mécanismes de la célébrité.
Son retour au cinéma traditionnel se fait avec The Master de Paul Thomas Anderson en 2012. Il incarne Freddie Quell, ancien soldat traumatisé par la guerre qui rejoint un mouvement spirituel dirigé par Lancaster Dodd, joué par Philip Seymour Hoffman. Phoenix transforme son corps pour le rôle, voûte les épaules, serre la mâchoire et adopte une démarche presque animale. La performance reçoit un accueil critique exceptionnel et lui vaut une troisième nomination à l’Oscar.
L’année suivante, Her de Spike Jonze lui offre un registre totalement différent. Il joue Theodore Twombly, homme solitaire qui tombe amoureux d’un système d’exploitation doté d’une intelligence artificielle, dont la voix est interprétée par Scarlett Johansson. Joaquin Phoenix doit porter de longues scènes sans partenaire visible, ce qui l’oblige à rendre crédible une relation construite principalement par l’écoute. Le film devient une référence du cinéma contemporain sur la technologie et l’intimité.
Il retrouve Paul Thomas Anderson pour Inherent Vice en 2014 puis apparaît dans Irrational Man de Woody Allen et You Were Never Really Here de Lynne Ramsay. Dans ce dernier film, il interprète Joe, vétéran traumatisé qui retrouve des jeunes filles victimes de réseaux criminels. Le rôle est physiquement brutal mais joué avec une grande économie. Phoenix reçoit le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2017.
Joker de Todd Phillips, sorti en 2019, devient l’événement le plus important de sa carrière en termes de popularité mondiale. Joaquin Phoenix incarne Arthur Fleck, clown précaire vivant avec sa mère dans une Gotham dégradée et basculant progressivement dans la violence. Il perd beaucoup de poids pour le rôle et construit un rire pathologique qui devient l’un des signes les plus marquants du personnage. Le film rencontre un immense succès malgré les controverses entourant sa représentation de la violence.
La performance lui vaut l’Oscar du meilleur acteur en 2020. Lors de la saison des récompenses, Phoenix utilise plusieurs discours pour évoquer les droits des animaux, les injustices sociales et la responsabilité environnementale. Végane depuis l’enfance, il est engagé depuis longtemps dans plusieurs causes et accepte rarement de séparer complètement sa visibilité artistique de ses convictions. Cette dimension militante fait partie intégrante de son image publique.
Il enchaîne avec C’mon C’mon de Mike Mills, film beaucoup plus intime où il joue un journaliste radio chargé de s’occuper de son neveu. En 2023, Beau Is Afraid d’Ari Aster lui confie un personnage dominé par l’angoisse, dans un récit cauchemardesque volontairement excessif. La même année, il incarne Napoléon Bonaparte dans Napoleon de Ridley Scott, retrouvant le réalisateur de Gladiator plus de vingt ans après leur première collaboration.
Joker: Folie à Deux sort en 2024 et réunit Joaquin Phoenix et Lady Gaga. Le film choisit une direction musicale et judiciaire très éloignée de celle du premier épisode, décision qui divise fortement le public et entraîne un accueil commercial beaucoup moins important. Phoenix reprend Arthur Fleck en mettant davantage l’accent sur la fatigue et la désillusion du personnage. Cette suite confirme sa volonté d’accepter des choix risqués même lorsqu’ils peuvent déstabiliser une franchise extrêmement rentable.
En 2025, il retrouve Ari Aster pour Eddington. Le film se déroule en 2020 dans une petite ville du Nouveau-Mexique où un conflit entre un shérif joué par Phoenix et le maire interprété par Pedro Pascal fait exploser les tensions politiques, sanitaires et sociales. Le récit utilise la pandémie, les réseaux sociaux et la polarisation américaine comme matière de western contemporain. Phoenix y incarne un personnage ambigu, à la fois figure d’autorité, homme frustré et acteur d’un chaos collectif.
En 2026, Joaquin Phoenix reste l’un des acteurs les plus difficiles à prévoir d’Hollywood. Il peut passer d’une franchise milliardaire à un film d’auteur expérimental sans chercher à préserver une image stable. Cette liberté explique une carrière ponctuée de performances extrêmes mais aussi de projets qui divisent. Phoenix semble moins intéressé par la réussite commerciale régulière que par la possibilité de construire des personnages dont le comportement crée un malaise ou une émotion inattendue.
Son parcours est enfin indissociable de la mémoire de River Phoenix. Joaquin parle rarement longuement de son frère, mais il a toujours reconnu l’importance de cette relation dans sa manière d’envisager le métier et la célébrité. De Gladiator à Eddington, il a construit une filmographie qui refuse la facilité et privilégie les metteurs en scène possédant une forte vision personnelle. Cette cohérence, davantage fondée sur le risque que sur le genre, explique pourquoi Joaquin Phoenix demeure en 2026 l’un des acteurs américains les plus respectés de sa génération.
Parcours et dates clés
Films
– 1995 – To Die For – rôle de Jimmy Emmett, réalisation Gus Van Sant
– 2000 – Gladiator – rôle de Commode
– 2005 – Walk the Line – rôle principal de Johnny Cash
– 2012 – The Master – rôle de Freddie Quell
– 2013 – Her – rôle de Theodore Twombly
– 2017 – You Were Never Really Here – rôle principal de Joe
– 2019 – Joker – rôle d’Arthur Fleck / Joker
– 2021 – C’mon C’mon – rôle de Johnny
– 2023 – Beau Is Afraid – rôle de Beau Wassermann
– 2023 – Napoleon – rôle de Napoléon Bonaparte
– 2024 – Joker: Folie à Deux – reprise d’Arthur Fleck
– 2025 – Eddington – rôle du shérif Joe Cross
Prix et distinctions
– 2001 – Oscars – nomination au meilleur acteur dans un second rôle pour Gladiator
– 2006 – Golden Globe – meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour Walk the Line
– 2013 – Oscars – nomination au meilleur acteur pour The Master
– 2017 – Festival de Cannes – prix d’interprétation masculine pour You Were Never Really Here
– 2020 – Oscar – meilleur acteur pour Joker
Repères personnels
– 28 octobre 1974 – Naissance à San Juan, Porto Rico
– 31 octobre 1993 – Mort de son frère River Phoenix, événement majeur de sa vie personnelle
C’est un des évènements annuels attendu par tous, les cérémonies des récompenses ...