Bassori Timité


Bassori Timité

Ivoirien

Timité Bassori, né le 30 décembre 1933 en Côte d’Ivoire, est un cinéaste, acteur, écrivain et musicien ivoirien. Il appartient à la génération des pionniers du cinéma ivoirien et africain des années 1960 et 1970. Son long métrage La Femme au couteau, réalisé en 1969, est considéré comme l’une des œuvres majeures de l’histoire du cinéma ivoirien et a fait l’objet d’un important travail de restauration dans le cadre de l’African Film Heritage Project.

Timité Bassori développe très tôt un intérêt pour plusieurs formes d’expression artistique. La littérature, le théâtre, la musique et le cinéma sont chez lui étroitement liés. Cette polyvalence est caractéristique d’une génération d’intellectuels africains formés au moment des indépendances, lorsque les infrastructures culturelles nationales restent encore à construire.

Il poursuit une partie de sa formation en France. Il étudie notamment le cinéma et s’intéresse aux techniques de réalisation. Comme plusieurs cinéastes africains de sa génération, il doit alors apprendre dans des institutions européennes avant de revenir créer sur le continent.

Dans les années 1960, la Côte d’Ivoire connaît une forte croissance économique mais dispose encore de très peu de moyens de production cinématographique locaux. Le défi pour les réalisateurs consiste donc autant à trouver les financements et les techniciens qu’à développer une écriture adaptée aux réalités ivoiriennes.

Timité Bassori commence par le court métrage. Il réalise notamment Sur la dune de la solitude, œuvre qui attire l’attention par son approche poétique. Le film montre déjà un intérêt pour les tensions psychologiques et pour l’utilisation symbolique des espaces.

En 1969, il réalise son unique long métrage de fiction, La Femme au couteau, connu internationalement sous le titre The Woman with the Knife. Le film raconte l’histoire d’un jeune homme qui revient en Côte d’Ivoire après plusieurs années passées en Europe.

Le personnage principal est confronté à des troubles intérieurs, à sa relation avec sa mère et à une figure féminine menaçante armée d’un couteau. Le récit mélange réalisme, psychanalyse, mémoire, sexualité et symbolisme.

La Femme au couteau se distingue fortement des formes narratives plus directement réalistes privilégiées par d’autres cinéastes africains de l’époque. Bassori choisit de représenter le conflit entre modernité et tradition à travers le monde intérieur de son personnage.

Le film peut également être lu comme une réflexion sur l’aliénation du jeune intellectuel africain revenu d’Europe. Le protagoniste n’appartient plus totalement au monde qu’il a quitté, mais il ne parvient pas non plus à s’intégrer pleinement à l’univers occidental qu’il a découvert.

Cette approche psychologique donne au film une place singulière dans l’histoire du cinéma africain. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer une domination politique ou économique mais d’explorer les effets intimes de l’histoire coloniale et de l’acculturation.

Timité Bassori est également écrivain. Il publie des textes et poursuit une réflexion littéraire sur les transformations de la société ivoirienne. Son travail passe donc régulièrement d’un langage artistique à un autre.

Il intervient aussi comme acteur, participant à des productions dans lesquelles son expérience de la scène et du cinéma lui permet de comprendre les deux côtés de la caméra.

La reconnaissance internationale de La Femme au couteau se développe progressivement. Pendant plusieurs décennies, le film reste difficile à voir dans de bonnes conditions en raison du manque de copies restaurées, problème fréquent pour les œuvres africaines produites dans les premières décennies des indépendances.

En 2017, le film est sélectionné parmi les œuvres prioritaires de l’African Film Heritage Project, initiative portée par la Film Foundation de Martin Scorsese, la FEPACI, l’UNESCO et la Cineteca di Bologna. L’objectif est de restaurer et préserver plusieurs dizaines de classiques africains menacés de disparition.

La restauration permet à une nouvelle génération de spectateurs et de chercheurs de redécouvrir le film. Il est ensuite présenté dans différents festivals et programmations consacrés au patrimoine cinématographique africain, notamment autour du cinquantenaire du FESPACO.

Cette redécouverte modifie la place de Bassori dans l’histoire du cinéma. Un réalisateur autrefois moins diffusé que certains contemporains apparaît désormais comme l’auteur d’une œuvre profondément originale, capable de relier modernisme cinématographique et réalités postcoloniales.

Le caractère unique de son long métrage ne diminue pas son importance. Au contraire, La Femme au couteau est souvent étudié précisément parce qu’il propose une voie différente au sein du cinéma africain de l’époque.

Timité Bassori représente ainsi une figure essentielle de la culture ivoirienne moderne. Cinéaste, écrivain et artiste, il a participé à la construction d’un langage cinématographique africain qui ne se limite ni au documentaire ni au réalisme social.

Son travail montre que les questions d’identité, de désir, de traumatisme et de rapport à la modernité étaient déjà au cœur des cinémas africains des années 1960. La restauration de son œuvre contribue aujourd’hui à préserver cette mémoire et à replacer le cinéma ivoirien dans l’histoire mondiale du septième art.

La remise en circulation de son œuvre dans les cinémathèques et les festivals contribue également à replacer le cinéma ivoirien des années 1960 dans une histoire internationale de l’avant-garde, de la décolonisation et des nouvelles formes narratives.

Parcours et dates clés

Cinéma
– Années 1960 – Sur la dune de la solitude – court métrage
– 1969 – La Femme au couteau / The Woman with the Knife – unique long métrage de fiction
– 1969 – La Femme au couteau – exploration psychologique du retour d’Europe et du conflit culturel

Littérature / Activités artistiques
– Années 1960-1980 – Activité d’écrivain, acteur et musicien en parallèle du cinéma

Patrimoine / Restauration
– 2017 – La Femme au couteau sélectionné dans l’African Film Heritage Project
– 2017-2019 – Restauration menée avec la Film Foundation, la FEPACI, l’UNESCO et la Cineteca di Bologna
– 2019 – Présentations patrimoniales liées au FESPACO et à la redécouverte des classiques africains

Repères personnels
– 30 décembre 1933 – Naissance en Côte d’Ivoire

  • Acteur

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