Samb Ababacar


Samb Ababacar

Sénégalais

Ababacar Samb Makharam est un cinéaste, acteur, scénariste et producteur sénégalais né le 21 octobre 1934 à Dakar et mort le 7 octobre 1987. Il appartient à la première génération de réalisateurs africains ayant contribué à construire un cinéma produit, pensé et raconté depuis le continent après les indépendances. Son parcours est également lié au théâtre et à la Fédération panafricaine des cinéastes, la FEPACI, dont il devient secrétaire général dans les années 1970.

Il grandit à Dakar dans une période où le Sénégal fait encore partie de l’Afrique-Occidentale française. Très tôt intéressé par la scène, il se tourne vers le théâtre et part en France pour se former. En 1955, il entre au Conservatoire d’art dramatique de Paris.

Cette formation l’amène à fréquenter plusieurs artistes africains et antillais installés dans la capitale française. Le théâtre devient alors un espace essentiel de création mais aussi de réflexion sur la représentation des populations noires dans les arts européens.

Ababacar Samb Makharam participe à la fondation de la troupe Les Griots, première compagnie professionnelle noire de France. La troupe réunit notamment des comédiens africains et caribéens et cherche à faire entendre des textes et des voix rarement présents sur les grandes scènes.

Les Griots jouent notamment Huis clos de Jean-Paul Sartre et participent à des productions qui contribuent à faire émerger une nouvelle génération d’interprètes noirs en France. Cette expérience est fondamentale pour Samb Makharam, car elle associe déjà création artistique et ambition politique.

Il apparaît lui-même comme acteur dans plusieurs productions. Il comprend cependant rapidement que la réalisation cinématographique peut offrir un outil encore plus puissant pour raconter l’Afrique depuis un point de vue africain.

En 1958, il part en Italie et étudie au Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome, l’une des grandes écoles européennes de cinéma. Il y découvre de manière approfondie l’écriture, la réalisation, le montage et les techniques de production.

Cette formation italienne intervient dans un contexte où le néoréalisme a profondément transformé le cinéma mondial. L’idée de filmer des situations sociales réelles, des personnages ordinaires et des environnements naturels influence plusieurs cinéastes africains de la génération des indépendances.

Ababacar Samb Makharam retourne au Sénégal en 1964. Il travaille alors dans les milieux de la radio et de la télévision, institutions qui jouent un rôle important dans la construction culturelle du nouvel État sénégalais.

Il crée ensuite sa société de production Baobab Films à Dakar. Cette décision est essentielle : produire localement permet de réduire la dépendance envers les sociétés européennes et de construire une infrastructure cinématographique africaine encore très fragile.

Son premier long métrage, Kodou, sort en 1971. Le film s’intéresse à une jeune fille confrontée à la tradition de l’excision et aux conséquences psychologiques et sociales d’une cérémonie interrompue. À travers cette histoire, Samb Makharam interroge les tensions entre traditions, communautés et évolution sociale.

Kodou est l’un des films importants du cinéma sénégalais des années 1970. Le réalisateur ne traite pas le sujet de manière extérieure ou exotique : il cherche à comprendre les normes du groupe tout en montrant le coût humain qu’elles peuvent imposer à l’individu.

Il réalise ensuite Jom en 1982. Le titre renvoie à une notion wolof complexe associant dignité, courage, honneur et sens de la responsabilité. Le film croise plusieurs périodes historiques afin de montrer la continuité des luttes contre l’injustice et l’exploitation.

Jom met notamment en relation des travailleurs contemporains, des résistances historiques et des figures populaires. Le récit défend l’idée que la dignité peut constituer une force politique et sociale capable de traverser les générations.

Parallèlement à son travail de réalisateur, Ababacar Samb Makharam s’engage dans la structuration du cinéma africain. Il devient secrétaire général de la FEPACI entre 1972 et 1976. La fédération cherche à défendre les intérêts des cinéastes africains, à améliorer la circulation des films et à renforcer les politiques nationales de production.

Cette responsabilité est particulièrement importante à une époque où la plupart des réseaux de distribution et des salles de cinéma africains restent contrôlés par des intérêts étrangers. Les cinéastes doivent donc lutter non seulement pour réaliser leurs films, mais aussi pour les montrer au public.

Samb Makharam intervient également dans les débats autour du FESPACO et des institutions panafricaines du cinéma. Son parcours dépasse ainsi sa filmographie relativement courte : il participe à la construction d’un cadre collectif pour les réalisateurs africains.

Il meurt le 7 octobre 1987, quelques semaines avant son cinquante-troisième anniversaire. Sa disparition intervient alors que le cinéma africain commence à bénéficier d’une reconnaissance croissante dans les grands festivals internationaux.

Son héritage reste lié à une génération pionnière comprenant notamment Ousmane Sembène, Paulin Soumanou Vieyra, Med Hondo et Sarah Maldoror. Tous ont dû créer des œuvres tout en inventant les conditions mêmes de leur production.

Ababacar Samb Makharam occupe une place particulière dans cette histoire grâce à son passage du théâtre au cinéma, sa formation internationale et son engagement institutionnel. Kodou et Jom restent des œuvres de référence pour comprendre la manière dont le cinéma sénégalais a interrogé les traditions, la dignité et les rapports sociaux après l’indépendance.

Parcours et dates clés

Formation / Théâtre
– 1955 – Conservatoire d’art dramatique de Paris – début de sa formation professionnelle
– Années 1950 – Participation à la troupe Les Griots – compagnie professionnelle noire fondée à Paris
– 1958 – Centro Sperimentale di Cinematografia à Rome – formation au cinéma

Cinéma / Production
– 1964 – Retour au Sénégal et travail dans la radio et la télévision
– Années 1960 – Création de Baobab Films à Dakar
– 1971 – Kodou – premier long métrage – réflexion sur tradition, exclusion et société
– 1982 – Jom – long métrage consacré à la dignité, à la résistance et aux luttes sociales

Institutions / Engagement
– 1972-1976 – Fédération panafricaine des cinéastes – secrétaire général de la FEPACI
– Années 1970 – Engagement pour la production et la diffusion autonome des cinémas africains

Repères personnels
– 21 octobre 1934 – Naissance à Dakar
– 7 octobre 1987 – Décès

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