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Traoré Rokia
MalienneRokia Traoré est une chanteuse, auteure-compositrice, guitariste et musicienne malienne née le 24 janvier 1974 au Mali, dans la région de Koulikoro. Figure majeure de la musique africaine contemporaine, elle développe depuis la fin des années 1990 un univers qui associe traditions mandingues, guitare acoustique, rock, jazz et arrangements modernes. Ses albums Mouneïssa, Wanita, Bowmboï, Tchamantché, Beautiful Africa et Né So lui valent une importante reconnaissance internationale. Elle collabore avec le Kronos Quartet, travaille avec Toni Morrison et Peter Sellars et devient ambassadrice de bonne volonté du HCR. Après plusieurs années marquées par un long conflit judiciaire familial en Belgique, elle reprend progressivement ses activités artistiques et est notamment annoncée au festival JAZZMI de Milan en octobre 2026.
Rokia Traoré grandit dans une famille qui lui permet de découvrir très tôt différentes cultures.
Son père est diplomate et ses affectations conduisent la famille à vivre dans plusieurs pays.
Elle passe ainsi une partie de son enfance et de sa jeunesse en Algérie, en Arabie saoudite, en Belgique et en France, en plus du Mali.
Cette mobilité lui donne accès à des univers musicaux très différents : chansons occidentales, jazz, rock, musiques arabes et traditions africaines.
Elle commence à jouer de la guitare et à chanter, mais son désir de devenir artiste professionnelle ne correspond pas forcément aux attentes liées à son milieu familial.
Dans certaines structures sociales mandingues, la pratique professionnelle de la musique est traditionnellement associée aux familles de griots.
Rokia Traoré ne vient pas de cette caste, ce qui rend son choix artistique particulièrement personnel.
Elle commence à se produire dans les années 1990 et développe progressivement un style qui refuse l’image figée de la « musique africaine ».
Elle utilise des instruments traditionnels comme le n’goni mais aussi des guitares acoustiques ou électriques.
Sa voix, souvent retenue et précise, contraste avec les productions très puissantes de certaines stars africaines de la même époque.
En 1997, elle est remarquée dans plusieurs événements professionnels et commence à gagner une audience au-delà du Mali.
Son premier album, Mouneïssa, sort en 1998.
Le disque reçoit un accueil très favorable en Europe et lui permet de partir en tournée.
Rokia Traoré impose immédiatement une identité où l’acoustique et la finesse des arrangements occupent une place centrale.
En 2000, elle publie Wanita.
L’album confirme son intérêt pour une écriture personnelle en bambara et pour des compositions qui ne cherchent pas à reproduire les modèles de la pop internationale.
Elle s’impose progressivement dans les grands festivals de world music.
En 2003, Bowmboï marque une nouvelle étape.
L’album comprend notamment une collaboration avec le Kronos Quartet.
La rencontre entre cordes occidentales et structures musicales maliennes illustre parfaitement la démarche de Traoré : créer un dialogue entre traditions sans transformer l’une d’elles en simple décoration.
Bowmboï reçoit un accueil critique particulièrement important et renforce sa réputation internationale.
En 2008, elle publie Tchamantché.
Le disque est plus électrique et met davantage en avant la guitare Gretsch.
Rokia Traoré y explore le blues, le rock et des textures plus contemporaines.
La chanson The Man I Love, reprise de George Gershwin, montre également sa capacité à entrer dans un répertoire occidental sans perdre son identité.
Cette période lui apporte plusieurs distinctions et une reconnaissance accrue dans la presse musicale internationale.
Rokia Traoré développe aussi des projets scéniques qui dépassent le format du concert.
Elle participe à Desdemona, projet imaginé par la romancière Toni Morrison et le metteur en scène Peter Sellars autour du personnage de Shakespeare.
La musique et les textes donnent une voix nouvelle à des figures africaines évoquées dans Othello mais très peu développées dans la pièce originale.
Traoré y joue un rôle central comme compositrice et interprète.
Ce travail confirme son intérêt pour les croisements entre littérature, théâtre et musique.
En 2013, elle publie Beautiful Africa.
L’album, produit par John Parish, adopte une énergie plus rock.
La guitare électrique et la batterie occupent une place importante sans effacer les structures mélodiques maliennes.
Le titre Beautiful Africa exprime à la fois un attachement au continent et une conscience de ses difficultés politiques et sociales.
Trois ans plus tard, Rokia Traoré publie Né So.
Le titre signifie « chez moi » ou « ma maison » en bambara.
L’album est marqué par les crises vécues au Mali, l’exil, la migration et la question de l’appartenance.
Traoré y collabore avec plusieurs artistes et approfondit une écriture très politique sans transformer sa musique en discours simpliste.
Son engagement se traduit également par des actions institutionnelles.
En 2015, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés la nomme ambassadrice de bonne volonté.
Elle utilise cette fonction pour attirer l’attention sur les personnes déplacées et les réfugiés, en particulier en Afrique.
Elle développe aussi des projets destinés à la formation et à l’accompagnement de jeunes artistes au Mali.
Sa carrière artistique est profondément perturbée à partir de la fin des années 2010 par un conflit familial et judiciaire concernant la garde de sa fille, née de sa relation avec le dramaturge et metteur en scène belge Jan Goossens.
Les procédures se déroulent principalement en Belgique.
Plusieurs décisions de justice et mandats d’arrêt européens sont émis dans le cadre du non-respect de modalités de garde et de représentation de l’enfant.
Rokia Traoré conteste la manière dont le dossier est traité et défend sa position dans différentes procédures.
En 2020, elle est arrêtée en France dans le cadre d’un mandat belge avant d’être remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Elle quitte ensuite la France pour le Mali, ce qui prolonge le contentieux.
En 2023, la justice belge la condamne par défaut à une peine de prison pour non-représentation d’enfant.
La procédure prend une nouvelle dimension en 2024 lorsqu’elle est arrêtée en Italie.
Après plusieurs recours, la justice italienne autorise son extradition vers la Belgique.
Rokia Traoré est transférée à Bruxelles et incarcérée à la prison de Haren.
Le 22 janvier 2025, elle est remise en liberté après la mise en place d’un accord destiné à permettre aux deux parents de renouer un cadre de relation autour de leur fille.
Le dossier judiciaire n’est cependant pas immédiatement clos.
Le 6 mai 2026, le tribunal correctionnel de Bruxelles rend une nouvelle décision dans la procédure.
Rokia Traoré est condamnée à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour la partie qui n’a pas déjà été couverte par sa détention, dans le cadre du litige sur la non-représentation d’enfant.
Ses conseils annoncent contester cette décision.
Il est important de distinguer cette affaire familiale de sa carrière musicale.
Le contentieux a occupé plusieurs années de sa vie publique et interrompu ou limité de nombreuses activités, mais il n’efface pas plus de vingt-cinq ans de création et de reconnaissance internationale.
En 2026, Rokia Traoré recommence à être annoncée sur plusieurs scènes.
Le festival JAZZMI de Milan programme notamment un concert le 27 octobre 2026 à l’Alcatraz Milano.
Cette date témoigne d’un retour progressif à une activité artistique internationale.
Son influence reste importante sur plusieurs générations de musiciens africains.
Rokia Traoré a contribué à montrer qu’une artiste malienne pouvait travailler avec le rock, le jazz, les cordes contemporaines et le théâtre sans devoir abandonner les langues et structures musicales de son pays.
Elle a également refusé de réduire l’Afrique à une esthétique folklorique destinée au marché occidental.
Ses albums sont construits comme des œuvres personnelles dans lesquelles les questions de déplacement, d’identité et de liberté apparaissent régulièrement.
En 2026, son parcours est donc marqué par un contraste fort.
D’un côté, une carrière musicale internationale riche, des collaborations prestigieuses et un engagement humanitaire durable.
De l’autre, un conflit judiciaire familial long et complexe qui a profondément affecté sa vie récente.
Son retour sur scène permet de replacer progressivement la musique au centre d’une trajectoire artistique qui demeure l’une des plus singulières de la création malienne contemporaine.
Parcours et dates clés
Albums
– 1998 – Mouneïssa – premier album et début de la reconnaissance internationale
– 2000 – Wanita – deuxième album
– 2003 – Bowmboï – album comprenant une collaboration avec le Kronos Quartet
– 2008 – Tchamantché – orientation plus électrique et ouverture vers le rock et le blues
– 2013 – Beautiful Africa – album produit par John Parish
– 2016 – Né So – album consacré notamment à l’exil, au Mali et au sentiment d’appartenance
Théâtre / Collaborations
– Années 2010 – Desdemona – collaboration avec Toni Morrison et Peter Sellars autour de l’univers d’Othello
Engagements
– 2015 – Nomination comme ambassadrice de bonne volonté du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
– Années 2010-2020 – Développement de projets de formation et d’accompagnement de jeunes artistes au Mali
Procédures judiciaires récentes
– 2023 – Belgique – condamnation par défaut dans le conflit lié à la non-représentation de sa fille
– 2024 – Italie – arrestation puis procédure d’extradition vers la Belgique
– 22 janvier 2025 – Bruxelles – remise en liberté après un accord destiné à rétablir un cadre de relations autour de l’enfant
– 6 mai 2026 – Bruxelles – condamnation à deux ans de prison avec sursis pour la partie non déjà purgée ; décision contestée par la défense
Retour sur scène
– 27 octobre 2026 – JAZZMI, Alcatraz Milano – concert annoncé à Milan
Repères personnels
– 24 janvier 1974 – Naissance au Mali, dans la région de Koulikoro
- Chanteuse
Présent dans
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