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Idriss Déby Itno est un militaire et homme d’État tchadien né le 18 juin 1952 à Berdoba, dans l’est du Tchad, et mort le 20 avril 2021. Arrivé au pouvoir à la suite d’une rébellion qui renverse Hissène Habré en décembre 1990, il dirige le Tchad pendant plus de trente ans. Élu à plusieurs reprises à partir de 1996, il devient l’un des chefs d’État africains les plus anciens en fonction avant de mourir des suites de blessures reçues dans le contexte de combats contre une rébellion.
Originaire de l’est du pays, Idriss Déby appartient à l’ethnie zaghawa. Il choisit très jeune la carrière militaire. Après une formation au Tchad, il poursuit des études en France et obtient notamment une qualification de pilote. À son retour, il intègre les forces armées dans un pays marqué par les guerres civiles et les rivalités entre mouvements politico-militaires.
À la fin des années 1970, il se rapproche d’Hissène Habré, l’un des principaux chefs rebelles de l’époque. Déby devient un commandant militaire important dans les Forces armées du Nord. Lorsque Habré prend le pouvoir à N’Djamena en 1982, Idriss Déby occupe des postes élevés dans l’armée et joue un rôle dans plusieurs opérations militaires, notamment durant le conflit avec la Libye de Mouammar Kadhafi.
Ses relations avec Hissène Habré se détériorent à la fin des années 1980. En 1989, craignant d’être arrêté, Déby quitte le pays et passe par le Soudan et la Libye. Il fonde le Mouvement patriotique du salut, MPS, coalition politico-militaire qui prépare une offensive contre le régime tchadien.
Les forces du MPS avancent vers N’Djamena en 1990. Hissène Habré fuit la capitale le 1er décembre. Idriss Déby s’impose comme le nouveau dirigeant et devient président du Conseil d’État, puis président de la République. Il promet alors une ouverture politique et la fin du système répressif de son prédécesseur.
Une Conférence nationale souveraine est organisée en 1993 afin d’encadrer la transition vers le multipartisme. Une nouvelle Constitution est adoptée et l’élection présidentielle de 1996 est la première élection pluraliste de ce type dans l’histoire du pays. Idriss Déby l’emporte au second tour. Il est réélu en 2001.
Au fil des années, son régime se consolide autour du MPS et de l’appareil sécuritaire. Une révision constitutionnelle de 2005 supprime la limitation du nombre de mandats présidentiels, lui permettant de se présenter de nouveau. Il remporte les élections de 2006, 2011 et 2016, souvent dans un contexte de boycott ou de contestation de l’opposition.
Son pouvoir doit également affronter plusieurs rébellions armées. En 2006 puis surtout en février 2008, des groupes rebelles atteignent N’Djamena et menacent directement le palais présidentiel. Déby conserve le pouvoir après de violents combats. La stabilisation de la frontière avec le Soudan et l’évolution de la guerre au Darfour modifient ensuite l’équilibre régional.
À partir des années 2010, Idriss Déby devient un partenaire militaire central de la France et de plusieurs pays occidentaux dans la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel. L’armée tchadienne est réputée pour son expérience du combat dans les zones désertiques. Elle intervient au Mali à partir de 2013 et participe aux opérations contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.
Le Tchad accueille à N’Djamena le quartier général de l’opération française Barkhane et joue un rôle moteur dans le G5 Sahel. Cette importance sécuritaire renforce le poids diplomatique de Déby, même lorsque son régime est critiqué pour ses pratiques politiques internes.
En 2016, il exerce pendant un an la présidence de l’Union africaine. Cette fonction confirme son statut de dirigeant influent dans les questions de sécurité continentale. En août 2020, l’Assemblée nationale lui confère le titre de maréchal du Tchad, distinction présentée comme une reconnaissance de son parcours militaire.
Idriss Déby se présente à un sixième mandat en avril 2021. Le même jour que l’élection, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad, FACT, lance une offensive depuis le nord. Les résultats provisoires annoncent une nouvelle victoire de Déby. Selon les autorités, il se rend sur le front pour soutenir les troupes et est grièvement blessé lors des combats.
Le 20 avril 2021, l’armée annonce sa mort. Il a 68 ans. Un Conseil militaire de transition dirigé par son fils Mahamat Idriss Déby prend immédiatement le pouvoir, suspendant le fonctionnement institutionnel prévu par la Constitution. Cette succession ouvre une nouvelle phase de l’histoire politique tchadienne.
Le bilan d’Idriss Déby reste complexe. Ses partisans mettent en avant la stabilité relative de l’État dans une région très instable, la capacité militaire du Tchad et son rôle contre les groupes jihadistes. Ses opposants dénoncent la longévité du pouvoir, les atteintes aux libertés, les inégalités, la corruption et l’insuffisante transformation sociale malgré les revenus pétroliers. Sa présidence de plus de trois décennies a toutefois profondément façonné les institutions et la place régionale du Tchad.
Sa longévité institutionnelle explique aussi pourquoi son décès a provoqué une transition immédiate dont les modalités ont été largement débattues au Tchad.
Carrière militaire et prise du pouvoir
– Années 1970 – Formation militaire au Tchad puis en France – qualification de pilote
– Années 1980 – Haut commandement militaire sous le régime d’Hissène Habré
– 1989 – Rupture avec Hissène Habré et exil
– 1990 – Fondation du Mouvement patriotique du salut
– 1er décembre 1990 – Chute du régime d’Hissène Habré après l’offensive du MPS
Présidence du Tchad
– Décembre 1990 – Prend la tête de l’État tchadien
– 1993 – Organisation de la Conférence nationale souveraine
– 1996 – Première élection présidentielle pluraliste remportée
– 2001 – Réélu président
– 2005 – Révision constitutionnelle supprimant la limitation du nombre de mandats
– 2006 – Réélu président
– 2011 – Réélu président
– 2016 – Réélu président
– Avril 2021 – Nouvelle victoire annoncée lors de l’élection présidentielle
Fonctions et distinctions
– 2016 à 2017 – Président en exercice de l’Union africaine
– 2020 – Élevé au rang de maréchal du Tchad
Événements militaires majeurs
– 2008 – Offensive rebelle jusqu’à N’Djamena – maintien du régime après de violents combats
– 2013 – Engagement important de l’armée tchadienne au Mali contre les groupes jihadistes
– 20 avril 2021 – Décès annoncé après des blessures reçues dans le contexte des combats contre le FACT
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