• Channel : VIP Crossing - 11/07/2026

18 août 2020 : le renversement d'Ibrahim Boubacar Keïta et l'arrivée d'Assimi Goïta à la tête du Mali

 

Le 18 août 2020 marque un tournant majeur dans l'histoire contemporaine du Mali. Après plusieurs mois de contestation populaire menée par le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), un groupe d'officiers renverse le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), mettant fin à près de sept années de pouvoir. Cet événement ouvre une nouvelle page de l'histoire politique malienne et propulse sur le devant de la scène le colonel Assimi Goïta, qui deviendra rapidement l'homme fort du pays.

Au-delà du simple changement de régime, ce coup d'État marque le début d'une profonde recomposition politique et géopolitique au Mali. Les conséquences de cette journée dépassent largement les frontières du pays et influenceront durablement l'ensemble du Sahel.

 

Une crise politique devenue incontrôlable

Depuis le mois de juin 2020, le Mali traverse une crise politique sans précédent. Les manifestations organisées par le M5-RFP rassemblent des dizaines de milliers de personnes à Bamako. Les revendications portent sur plusieurs sujets majeurs : la corruption, la dégradation de la situation sécuritaire, les difficultés économiques, les contestations des élections législatives et le sentiment d'un éloignement progressif entre le pouvoir et la population.

Malgré plusieurs tentatives de médiation conduites par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), aucune solution durable n'est trouvée. Les rassemblements se poursuivent et la pression populaire s'intensifie.

Le gouvernement paraît de plus en plus fragilisé, tandis que les forces armées observent avec inquiétude la dégradation de la situation sécuritaire sur l'ensemble du territoire.

 

Le 18 août 2020 : l'armée passe à l'action

Dans la matinée du 18 août 2020, plusieurs unités militaires quittent le camp de Kati, situé à une quinzaine de kilomètres de Bamako. Rapidement, les soldats prennent le contrôle de plusieurs sites stratégiques de la capitale. Le président Ibrahim Boubacar Keïta, le Premier ministre Boubou Cissé ainsi que plusieurs hauts responsables de l'État sont arrêtés par les militaires.

Quelques heures plus tard, le chef de l'État apparaît à la télévision nationale. Dans une déclaration qui restera gravée dans l'histoire politique malienne, Ibrahim Boubacar Keïta annonce sa démission afin d'éviter que le sang ne continue de couler.

« Si aujourd'hui certains éléments de nos forces armées veulent que cela se termine par leur intervention, ai-je vraiment le choix ? Je décide de quitter mes fonctions », déclare-t-il.

 

Naissance du Comité national pour le salut du peuple

Quelques heures après la démission du président, les militaires annoncent la création du Comité national pour le salut du peuple (CNSP).

À la tête de cette nouvelle structure apparaît un officier encore peu connu du grand public : le colonel Assimi Goïta. Ancien commandant des Forces spéciales maliennes, formé notamment dans plusieurs écoles militaires étrangères, Assimi Goïta devient rapidement la figure centrale de la transition. Le CNSP annonce vouloir restaurer la stabilité du pays, lutter contre la corruption, réformer les institutions et améliorer la situation sécuritaire.

 

Qui est Assimi Goïta ?

Né en 1983, Assimi Goïta appartient à une nouvelle génération d'officiers maliens ayant participé aux opérations de lutte contre les groupes armés dans le nord et le centre du pays.

Au moment du coup d'État, il dirige les Forces spéciales maliennes, une unité considérée comme l'une des plus expérimentées de l'armée. Son image est rapidement associée à une volonté de rupture avec les pratiques politiques précédentes. Pour une partie importante de la population malienne, il incarne l'espoir d'un renouveau institutionnel et d'une reprise en main de la souveraineté nationale.

 

Un soutien populaire important

Contrairement à de nombreux coups d'État intervenus sur le continent africain, celui du 18 août 2020 bénéficie, dans les jours qui suivent, d'un soutien populaire visible. Des milliers de Maliens descendent dans les rues de Bamako pour saluer le départ d'Ibrahim Boubacar Keïta. Plusieurs responsables du M5-RFP considèrent alors que la chute du président constitue une réponse aux revendications exprimées depuis plusieurs mois. Cette adhésion populaire ne signifie pas pour autant une unanimité. Une partie de la communauté internationale exprime immédiatement ses inquiétudes quant au respect de l'ordre constitutionnel.

 

Les réactions de la communauté internationale

La CEDEAO condamne rapidement le coup d'État et suspend le Mali de ses instances. L'organisation exige un retour rapide à un pouvoir civil et impose plusieurs sanctions économiques afin d'accélérer la mise en place d'une transition. L'Union africaine adopte une position similaire tandis que la France, les Nations unies, l'Union européenne et plusieurs partenaires internationaux appellent au respect des engagements démocratiques.

Ces premières tensions diplomatiques marquent le début d'une période de relations particulièrement complexes entre Bamako et plusieurs de ses partenaires historiques.

Le 18 août 2020 restera comme l'une des dates les plus importantes de l'histoire récente du Mali. Cette journée met un terme au mandat d'Ibrahim Boubacar Keïta et ouvre l'ère Assimi Goïta.

 

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