- Channel : VIP Crossing - 16/07/2026
Burkina Faso : Ibrahim Traoré face à une succession de tentatives de coup d’État
Depuis son arrivée au pouvoir le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré fait régulièrement face à des projets présumés de déstabilisation, à des tentatives de coup d’État et à des complots qui auraient visé directement sa personne. Les autorités burkinabè annoncent avoir neutralisé plusieurs réseaux composés de militaires, d’anciens responsables politiques, de civils et, dans certains dossiers, de combattants appartenant à des groupes armés. Au moins six épisodes majeurs ont été publiquement présentés comme des tentatives de renversement ou d’assassinat entre décembre 2022 et janvier 2026. Ces affaires ont entraîné des arrestations, des recherches contre des officiers en fuite, un renforcement de la protection du chef de l’État et d’importantes mobilisations populaires en soutien au pouvoir de transition. La nature exacte de plusieurs de ces complots reste néanmoins difficile à établir de manière indépendante. Une grande partie des informations disponibles provient des services de sécurité et des déclarations diffusées par le gouvernement sur la télévision nationale. Certains dossiers sont accompagnés d’arrestations, de procédures judiciaires ou de témoignages, tandis que d’autres reposent principalement sur les accusations formulées par les autorités.
Septembre 2024 : un complot international attribué à des opposants en exil
Le 23 septembre 2024, le ministre de la Sécurité Mahamadou Sana annonce le démantèlement d’un nouveau plan destiné à renverser le gouvernement. Il décrit une opération organisée en plusieurs phases et attribue sa préparation à des Burkinabè installés à l’étranger, notamment en Côte d’Ivoire. Quatorze personnes sont publiquement désignées. La liste comprend des militaires, d’anciens ministres, des responsables politiques, des journalistes et des opposants au régime. Le gouvernement accuse également des services de renseignement occidentaux non identifiés d’avoir participé au projet. Selon les autorités, les conspirateurs souhaitaient organiser des attaques contre la présidence et certaines installations militaires, tout en utilisant des offensives djihadistes pour désorganiser les forces de défense. Des personnes suspectées d’appartenir au réseau auraient été arrêtées au Niger. Aucune preuve détaillée n’est alors rendue publique pour permettre une vérification indépendante de l’ensemble de ces accusations. Des opposants et plusieurs analystes estiment que l’annonce pourrait également servir à détourner l’attention après le massacre de Barsalogho, au cours duquel des centaines de civils avaient été tués par des combattants affiliés à Al-Qaïda.
Avril 2025 : une attaque présumée contre la présidence
Le 21 avril 2025, Mahamadou Sana révèle qu’un « complot majeur » aurait été découvert quelques jours plus tôt. L’opération devait être exécutée le 16 avril par des militaires recrutés pour prendre d’assaut la présidence du Faso. D’après le ministre, des soldats en activité, d’anciens militaires et des responsables de groupes terroristes étaient associés au projet. Les services de renseignement auraient intercepté des communications entre un officier burkinabè et des chefs de groupes armés. Le capitaine René David Ouédraogo est notamment cité parmi les organisateurs présumés et déclaré en fuite. Le gouvernement affirme que les commanditaires se trouvaient en Côte d’Ivoire. Leur objectif aurait été de déclencher simultanément une attaque contre la présidence et plusieurs offensives terroristes afin de provoquer un effondrement des institutions et de placer le Burkina Faso sous le contrôle d’une organisation internationale. Les autorités ivoiriennes ne confirment pas ces accusations. Les informations diffusées par Ouagadougou ne peuvent pas non plus être entièrement vérifiées par des sources indépendantes.
Une importante mobilisation populaire après le complot d’avril 2025
Le 30 avril 2025, plusieurs milliers de personnes se rassemblent sur la place de la Révolution à Ouagadougou pour exprimer leur soutien à Ibrahim Traoré. Des manifestations similaires sont organisées dans d’autres localités du Burkina Faso ainsi que dans plusieurs communautés de la diaspora africaine. Les participants dénoncent les tentatives de coup d’État, les accusations formulées par le chef d’AFRICOM Michael Langley et les ingérences supposées de puissances étrangères. Des drapeaux du Burkina Faso, de l’Alliance des États du Sahel et de la Russie sont visibles dans les rassemblements. Cette mobilisation montre que les complots annoncés renforcent également l’image panafricaine d’Ibrahim Traoré. Pour ses partisans, le dirigeant est visé parce qu’il cherche à reprendre le contrôle des ressources naturelles, à réduire l’influence occidentale et à rapprocher le Burkina Faso du Mali, du Niger et de la Russie.
Janvier 2026 : un projet d’assassinat attribué à Paul-Henri Damiba
Une nouvelle tentative présumée est annoncée au début du mois de janvier 2026. Selon le ministre de la Sécurité, l’opération devait être menée dans la nuit du 3 au 4 janvier. Elle aurait eu pour objectif d’assassiner Ibrahim Traoré, de neutraliser une base de drones et de désorganiser la réponse des forces armées avant une attaque plus importante. Les autorités affirment avoir intercepté le complot dans ses dernières heures. Plusieurs suspects sont arrêtés et certains apparaissent sur la télévision publique pour reconnaître leur participation. Le gouvernement désigne l’ancien président de la transition Paul-Henri Sandaogo Damiba comme le principal organisateur de l’opération depuis son exil au Togo.
Damiba n’avait pas publiquement répondu à ces accusations au moment où elles ont été formulées. Les déclarations enregistrées des suspects et les éléments présentés par le gouvernement ne permettent pas, à eux seuls, de reconstituer indépendamment toute l’organisation du projet.
Paul-Henri Damiba extradé vers le Burkina Faso
Après son renversement en septembre 2022, Paul-Henri Damiba avait trouvé refuge à Lomé. Le 16 janvier 2026, il est arrêté par les autorités togolaises à la suite d’une demande formulée par le Burkina Faso. La cour d’appel de Lomé autorise son extradition après avoir reçu l’assurance qu’il ne serait pas condamné à mort. L’ancien dirigeant est remis aux autorités burkinabè. Il est poursuivi pour plusieurs accusations, notamment le détournement présumé de fonds publics, l’incitation à commettre des crimes et sa participation supposée à des projets de coup d’État. Cette extradition constitue la conséquence judiciaire la plus importante des complots dénoncés depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré. Elle prive également les opposants militaires en exil de l’une de leurs principales figures présumées. :contentReference[oaicite:8]{index=8}
Des accusations récurrentes contre la Côte d’Ivoire
Dans plusieurs dossiers, les autorités burkinabè affirment que les organisateurs des complots agissent depuis la Côte d’Ivoire. Des opposants politiques, d’anciens militaires et des journalistes burkinabè vivent effectivement sur le territoire ivoirien, mais Abidjan rejette les accusations d’implication de son gouvernement dans des opérations de déstabilisation. Ces accusations aggravent les relations déjà tendues entre les deux pays. Le Burkina Faso reproche à certains de ses voisins de servir de bases arrière à ses opposants et aux groupes armés. La Côte d’Ivoire affirme pour sa part ne soutenir aucune tentative de renversement contre les autorités de Ouagadougou.En l’absence d’éléments rendus publics par une enquête indépendante, l’implication directe d’autorités étrangères dans ces complots reste une accusation formulée par le gouvernement burkinabè, et non un fait définitivement établi.
Un pouvoir qui renforce constamment sa sécurité
La répétition des tentatives annoncées conduit Ibrahim Traoré à renforcer considérablement son dispositif de protection. Les accès à certains camps militaires sont surveillés, des unités sont réorganisées et plusieurs officiers considérés comme peu fiables sont éloignés des postes sensibles. Le président du Faso apparaît généralement entouré d’un important dispositif de sécurité lors de ses déplacements publics. Les autorités appellent également les citoyens à participer à la surveillance du territoire en signalant les comportements suspects. Cette vigilance permet au gouvernement de présenter la population comme un acteur de la défense de la transition. Elle contribue cependant aussi à installer un climat dans lequel les opposants, les journalistes et les responsables critiques peuvent être soupçonnés de participer à des réseaux de déstabilisation.
Les critiques dénoncent l’utilisation politique des complots
Les adversaires du régime ne nient pas nécessairement l’existence de tensions militaires ou de projets visant à renverser Ibrahim Traoré. Ils estiment toutefois que certaines annonces servent à justifier les arrestations, les enlèvements de personnalités critiques, les restrictions imposées aux médias et la réduction de l’espace politique. Plusieurs médias internationaux et organisations de défense des droits humains accusent les autorités de réprimer la contestation et d’envoyer de force certains opposants sur le front dans le cadre de la mobilisation contre les groupes djihadistes. Le gouvernement affirme que ces mesures sont nécessaires pour protéger la nation contre le terrorisme et les réseaux de déstabilisation. Une présentation rigoureuse des événements impose donc de distinguer les tentatives accompagnées d’arrestations et de procédures judiciaires des simples rumeurs circulant sur les réseaux sociaux. De nombreuses publications attribuent à Ibrahim Traoré des dizaines de tentatives d’assassinat, parfois par empoisonnement, par tireur embusqué ou par sabotage aérien, sans fournir de preuves vérifiables.
La lutte contre les groupes djihadistes au cœur des tensions
Les tentatives de renversement se déroulent dans un contexte de guerre contre des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Ibrahim Traoré avait justifié sa prise de pouvoir par la nécessité d’améliorer rapidement la situation sécuritaire, mais les violences restent importantes dans plusieurs régions du pays. Les pertes militaires, les attaques contre les civils et les difficultés à reprendre certains territoires entretiennent les tensions au sein de l’armée. Les revers peuvent provoquer des désaccords entre les officiers sur la stratégie, la répartition des moyens et le fonctionnement du commandement. Dans le même temps, le pouvoir augmente les effectifs des Volontaires pour la défense de la patrie, renforce l’équipement militaire et développe sa coopération avec le Mali, le Niger et la Russie. La défense de la transition et la guerre contre les groupes armés sont désormais présentées comme deux aspects d’un même combat pour la souveraineté.
Ibrahim Traoré reste soutenu malgré les menaces
Malgré les complots annoncés et les critiques sur la situation sécuritaire, Ibrahim Traoré conserve un soutien important auprès d’une partie de la population burkinabè, de la jeunesse africaine et des mouvements panafricanistes. Son discours sur la souveraineté, la transformation locale de l’or, le rejet de l’influence française et l’unité des pays du Sahel lui apporte une forte visibilité internationale. Chaque nouvelle tentative présumée de coup d’État renforce la mobilisation de ses partisans, qui considèrent que le dirigeant est visé parce qu’il défend les intérêts de l’Afrique. Ses adversaires y voient au contraire le signe de divisions profondes au sein des forces armées et d’une fragilité persistante du pouvoir. Entre décembre 2022 et janvier 2026, les autorités burkinabè ont donc annoncé avoir empêché une succession de complots visant les institutions ou la personne d’Ibrahim Traoré. Certains ont débouché sur des arrestations, des poursuites et l’extradition de Paul-Henri Damiba. D’autres conservent d’importantes zones d’ombre. La multiplication de ces affaires montre que la stabilité du Burkina Faso dépend autant de la lutte contre les groupes djihadistes que de la capacité du pouvoir à préserver la cohésion de son armée et la confiance de la population.





















