- Channel : VIP Crossing - 16/07/2026
Mali, Burkina Faso et Niger : l’AES lance sa Banque confédérale d’investissement
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger franchissent une nouvelle étape dans la construction de la Confédération des États du Sahel avec le lancement de leur propre banque d’investissement. Les trois pays inaugurent, le 23 décembre 2025 à Bamako, la Banque confédérale pour l’investissement et le développement, connue sous le sigle BCID-AES. La cérémonie réunit le président malien Assimi Goïta, alors président en exercice de la Confédération, le président du Faso Ibrahim Traoré et le président nigérien Abdourahamane Tiani. La coupure du ruban marque le démarrage officiel des activités de cette institution financière commune, présentée par les dirigeants de l’AES comme un outil de souveraineté économique et de financement endogène.
Dotée d’un capital initial annoncé de 500 milliards de francs CFA, la BCID-AES doit mobiliser les ressources des trois États et financer des projets capables de transformer durablement leurs économies. Sa création concrétise la volonté de Bamako, Ouagadougou et Niamey de compléter leur coopération militaire et diplomatique par une intégration économique plus profonde.
Une décision prise lors du premier sommet de l’AES
Le projet de banque commune remonte au premier sommet des chefs d’État de l’AES, organisé le 6 juillet 2024 à Niamey. Après avoir adopté le traité instituant la Confédération des États du Sahel, les trois dirigeants avaient décidé de créer une banque d’investissement et demandé à leurs ministres de l’Économie et des Finances de préparer son opérationnalisation. La BCID-AES est conçue dès l’origine comme le bras financier de la Confédération. Sa mission principale consiste à soutenir les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger tout en favorisant l’intégration de leur espace commun. Elle doit notamment permettre le financement de projets qui dépassent les frontières nationales et répondent aux besoins partagés des trois pays. Durant l’année 2025, plusieurs réunions techniques sont organisées afin de préparer les documents juridiques, les règles de fonctionnement, les systèmes d’information et le plan stratégique de la future institution. Les experts travaillent également à l’élaboration d’une stratégie couvrant la période 2026-2030, accompagnée d’un plan d’action et d’un plan d’affaires.
La signature des statuts officialise la création de la banque
Le processus franchit une étape décisive le 11 décembre 2025. Les ministres de l’Économie et des Finances des trois États présentent à Assimi Goïta les résultats des travaux techniques réalisés pour préparer le lancement de la BCID-AES. La validation et la signature des statuts marquent alors la création officielle de l’institution. Le ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, s’exprime au nom de ses homologues pour annoncer cette avancée. Quelques jours plus tard, l’inauguration par les trois chefs d’État permet à la banque d’entrer dans sa phase opérationnelle. Les États fondateurs engagent une première partie du capital et prévoient également la mise en place d’un prélèvement confédéral destiné à renforcer les ressources de la banque. La BCID-AES devra ensuite rechercher des financements supplémentaires afin d’augmenter sa capacité d’intervention et d’accompagner des programmes de grande ampleur.
Financer les routes et désenclaver les territoires
Les infrastructures de transport figurent parmi les premières priorités annoncées. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont trois pays enclavés dont les échanges dépendent fortement de longs corridors routiers reliant leurs territoires aux ports d’Afrique de l’Ouest. La BCID-AES doit contribuer au financement des routes, des ponts et des liaisons transfrontalières nécessaires à la circulation des personnes et des marchandises. L’amélioration de ces axes pourrait réduire les coûts de transport, faciliter les échanges à l’intérieur de la Confédération et renforcer les relations entre les zones de production et les principaux centres de consommation. Le désenclavement possède également une dimension sécuritaire. Dans certaines régions, l’état insuffisant des routes ralentit les déplacements administratifs, l’approvisionnement des populations et l’intervention des services publics. Les investissements dans les infrastructures sont ainsi présentés comme un moyen de soutenir simultanément le développement économique et le retour de l’État dans les territoires fragilisés.
L’agriculture et la sécurité alimentaire parmi les priorités
La Banque confédérale doit également soutenir l’agriculture et la sécurité alimentaire. Les trois pays disposent d’importantes terres agricoles et d’un vaste potentiel d’élevage, mais les producteurs restent confrontés aux difficultés d’accès au crédit, à l’insuffisance des équipements, aux aléas climatiques et au manque d’unités locales de transformation. La BCID-AES pourra financer des systèmes d’irrigation, des installations de stockage, des unités agro-industrielles et des projets améliorant la disponibilité des produits essentiels. Elle doit aussi favoriser la transformation locale afin que les matières premières agricoles soient davantage valorisées dans l’espace sahélien avant leur commercialisation. L’objectif dépasse la seule augmentation de la production. Les autorités souhaitent réduire la dépendance à certaines importations, limiter les pertes après les récoltes et renforcer la capacité des trois États à répondre aux crises alimentaires. La banque devient ainsi l’un des instruments économiques de la stratégie de souveraineté défendue par l’AES.
Développer l’énergie et les interconnexions régionales
L’énergie constitue un autre secteur central. Les délestages, l’insuffisance des capacités de production et le coût élevé de l’électricité limitent le développement des entreprises et compliquent le fonctionnement des services publics dans les trois pays. La BCID-AES doit participer au financement de centrales électriques, de projets solaires, de réseaux de transport d’énergie et d’interconnexions entre les États membres. En soutenant des projets communs, elle pourrait permettre une meilleure utilisation des capacités nationales et renforcer la sécurité énergétique de l’ensemble de la Confédération. L’accès à une énergie plus stable est également indispensable à la transformation locale des ressources minières et agricoles. Sans électricité suffisante, les ambitions d’industrialisation et de création de chaînes de valeur régionales restent difficiles à concrétiser.
Un soutien annoncé aux entreprises privées
La Banque confédérale n’est pas destinée à financer uniquement les gouvernements et les entreprises publiques. Ses missions prévoient également un accompagnement des sociétés privées dont les projets correspondent aux priorités nationales et confédérales. Les petites et moyennes entreprises du Sahel rencontrent fréquemment des difficultés pour obtenir des crédits de longue durée. Les banques commerciales privilégient souvent des opérations moins risquées ou exigent des garanties difficiles à réunir. La BCID-AES pourrait intervenir sur des projets nécessitant des investissements plus importants et une période de remboursement plus longue. Le développement de l’agro-industrie, des transports, des télécommunications, de l’énergie et de la transformation minière dépendra largement de la capacité de la banque à associer les capitaux publics aux investissements du secteur privé.
Une banque de développement et non une banque centrale
La BCID-AES est une institution financière de développement. Elle n’est pas présentée comme une banque centrale et n’a pas pour mission annoncée d’émettre une monnaie, de fixer les taux directeurs ou de gérer la politique monétaire des trois pays. Sa création ne signifie donc pas, à elle seule, l’abandon du franc CFA ou la sortie immédiate du Mali, du Burkina Faso et du Niger des institutions monétaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Son rôle porte sur le financement des investissements et non sur la création d’une nouvelle devise. Cette distinction est importante : la banque peut devenir un puissant outil d’intégration économique sans remplacer les banques commerciales, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest ou les mécanismes monétaires existants.
Un symbole de souveraineté financière pour l’AES
Pour les dirigeants sahéliens, la création de la BCID-AES répond à la volonté de ne plus dépendre uniquement des bailleurs de fonds internationaux pour financer les projets nationaux. Elle doit permettre aux trois États de déterminer leurs propres priorités et de mobiliser une partie de leurs ressources au service d’une stratégie commune. Le Mali et le Burkina Faso disposent d’importantes ressources aurifères, tandis que le Niger possède notamment de l’uranium et du pétrole. L’un des grands objectifs politiques de l’AES consiste à transformer davantage ces richesses sur place et à utiliser leurs revenus pour financer les infrastructures, l’emploi et les services nécessaires aux populations. La Banque confédérale devient ainsi l’un des symboles les plus visibles du passage d’une alliance initialement militaire à une organisation dotée de véritables institutions économiques. Elle complète les initiatives communes déjà engagées dans la défense, la diplomatie, les transports, la communication et la libre circulation.
Le capital initial constitue une base importante, mais il ne suffira pas à financer l’ensemble des besoins du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La banque devra attirer des partenaires, mobiliser des ressources supplémentaires et sélectionner des projets capables de produire des résultats économiques durables. La qualité de sa gouvernance sera également déterminante. Une représentation équilibrée des trois États, des procédures transparentes, une gestion rigoureuse des risques et des mécanismes de contrôle indépendants seront nécessaires pour préserver sa crédibilité et protéger les fonds engagés. Des analyses publiées après son inauguration soulignent précisément l’importance d’une organisation institutionnelle solide et d’une répartition claire des responsabilités.
La BCID-AES devra enfin intervenir dans un environnement marqué par l’insécurité, les contraintes budgétaires et les difficultés d’accès à certains territoires. Son efficacité sera jugée sur sa capacité à transformer les annonces politiques en routes, centrales électriques, exploitations agricoles, entreprises et emplois réellement accessibles aux populations.
Une nouvelle étape dans la construction de la Confédération
Avec l’inauguration de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement, l’AES se dote d’un instrument destiné à financer sa propre vision économique. L’institution doit désormais passer de la phase de création à la sélection et au financement concret de ses premiers projets. Pour Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani, cette banque représente la preuve que l’alliance entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne se limite plus à la défense collective. Elle devient progressivement une structure d’intégration économique appelée à organiser les investissements et à rapprocher les trois États. La création de la BCID-AES ouvre ainsi une nouvelle phase pour la Confédération des États du Sahel. Son impact dépendra désormais des ressources effectivement mobilisées, de la transparence de son fonctionnement et de sa capacité à financer des réalisations visibles dans la vie quotidienne des populations sahéliennes.


























