• Channel : VIP Crossing - 13/07/2026

30 août 2023 : coup d’État au Gabon et chute d’Ali Bongo

 

Le 30 août 2023, le Gabon connaît un bouleversement politique majeur. Quelques minutes seulement après l’annonce officielle de la réélection d’Ali Bongo Ondimba pour un troisième mandat, un groupe de militaires apparaît à la télévision nationale pour annoncer l’annulation des résultats, la dissolution des institutions et la fin du régime en place. Cette intervention militaire met brutalement fin aux quatorze années de présidence d’Ali Bongo et à plus d’un demi-siècle de domination politique de la famille Bongo. Son père, Omar Bongo Ondimba, avait dirigé le pays de 1967 jusqu’à sa mort en 2009, avant que son fils ne lui succède à la tête de l’État.

Le coup d’État intervient après les élections générales organisées le 26 août 2023. Ali Bongo, candidat du Parti démocratique gabonais, sollicite alors un troisième mandat face à plusieurs concurrents, dont Albert Ondo Ossa, choisi comme candidat commun par une partie de l’opposition. Le scrutin se déroule dans un climat de grande méfiance. L’opposition dénonce les conditions d’organisation du vote, le manque de transparence du processus électoral et les restrictions imposées à la circulation de l’information. L’accès à Internet est notamment interrompu et un couvre-feu est instauré par les autorités. Dans la nuit du 29 au 30 août, le Centre gabonais des élections proclame Ali Bongo vainqueur avec 64,27 % des suffrages. Albert Ondo Ossa est crédité d’un peu plus de 30 % des voix. L’opposition conteste immédiatement ces chiffres et affirme que son candidat a remporté l’élection.

 

Les militaires annoncent la fin du régime

Peu après la proclamation des résultats, une douzaine d’officiers apparaissent sur la chaîne de télévision Gabon 24. Ils affirment s’exprimer au nom des forces de défense et de sécurité, réunies au sein d’un nouvel organe baptisé Comité pour la transition et la restauration des institutions, ou CTRI. Les militaires annoncent l’annulation des élections du 26 août et la dissolution de l’ensemble des institutions de la République. Sont notamment concernés le gouvernement, le Sénat, l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle et le Conseil économique, social et environnemental.

Les frontières du pays sont temporairement fermées. Les putschistes justifient leur intervention par une gouvernance qu’ils considèrent comme irresponsable et imprévisible, ainsi que par une dégradation continue de la cohésion sociale susceptible, selon eux, de conduire le Gabon vers le chaos.

 

Ali Bongo placé en résidence surveillée

Quelques heures après l’annonce du coup d’État, le CTRI confirme qu’Ali Bongo est placé en résidence surveillée. Plusieurs de ses proches et responsables de son entourage sont arrêtés. Les militaires les accusent notamment de haute trahison, de détournement de fonds publics, de corruption et de falsification de la signature du chef de l’État. Dans une courte vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Ali Bongo apparaît isolé dans sa résidence. S’exprimant en anglais, il affirme que sa femme et son fils se trouvent dans des lieux différents et appelle ses soutiens internationaux à faire du bruit pour protester contre sa destitution. Cet appel ne provoque toutefois pas de mobilisation importante en sa faveur à l’intérieur du pays. Dans plusieurs quartiers de Libreville et dans d’autres villes, des habitants descendent au contraire dans les rues pour célébrer la chute du pouvoir en place.

La chute d’Ali Bongo revêt une portée historique. Depuis 1967, le Gabon avait été dirigé sans interruption par Omar Bongo, puis par son fils Ali. Cette longévité avait fait de la famille Bongo l’une des dynasties politiques les plus anciennes du continent africain. Il avait accédé à la présidence après l’élection contestée de 2009. Il avait ensuite été réélu en 2016 face à Jean Ping, au terme d’un scrutin marqué par de fortes tensions, des accusations de fraude et des violences postélectorales. En octobre 2018, le président avait été victime d’un accident vasculaire cérébral. Son état de santé avait ensuite alimenté de nombreuses interrogations sur sa capacité à gouverner et sur le poids grandissant de son entourage dans la gestion des affaires publiques.

 

Brice Oligui Nguema devient le nouvel homme fort du Gabon

Le jour même du coup d’État, les responsables militaires désignent à l’unanimité le général Brice Clotaire Oligui Nguema comme président du Comité pour la transition et la restauration des institutions. Chef de la Garde républicaine, unité chargée de la protection du président et des institutions, Brice Oligui Nguema appartient au premier cercle de l’appareil sécuritaire gabonais. Son parcours au sein du système Bongo conduit certains observateurs à présenter le changement de pouvoir comme une révolution de palais plutôt que comme une rupture totale avec l’ancien régime.

Le 4 septembre 2023, Brice Oligui Nguema prête serment en qualité de président de la Transition. Il promet de restaurer les institutions, de lutter contre la corruption, d’améliorer les conditions de vie de la population et de rendre le pouvoir aux civils au terme d’une période de transition.

Une partie importante de la population accueille favorablement le renversement d’Ali Bongo. Les scènes de joie observées dans les rues traduisent un profond rejet du système politique en place et une lassitude face aux inégalités sociales. Le Gabon dispose d’importantes ressources naturelles, notamment du pétrole, du manganèse et du bois. Pourtant, une partie de ses habitants demeure confrontée au chômage, à la pauvreté, au manque d’infrastructures et à des services publics insuffisants. Cette contradiction entre la richesse du pays et les difficultés quotidiennes de la population a nourri le mécontentement contre le pouvoir.

L’arrivée des militaires provoque cependant aussi des interrogations. La chute d’un régime contesté ne garantit pas automatiquement la construction d’un système plus démocratique. Les organisations de la société civile et plusieurs responsables politiques demandent rapidement un calendrier clair, une transition inclusive et le respect des libertés publiques.

 

Les condamnations de la communauté internationale

Le coup d’État est condamné par plusieurs organisations internationales et partenaires étrangers. L’Union africaine dénonce une interruption de l’ordre constitutionnel et suspend le Gabon de ses activités jusqu’au retour à un gouvernement civil. La Communauté économique des États de l’Afrique centrale, la France, les Nations unies et d’autres partenaires expriment également leur préoccupation. Ils appellent au respect de l’intégrité physique d’Ali Bongo, à la retenue et à un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

Le renversement d’Ali Bongo intervient après une succession de coups d’État au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger. Le contexte gabonais présente toutefois plusieurs différences importantes. Contrairement aux pays du Sahel confrontés à une insurrection armée et à une grave crise sécuritaire, le Gabon n’est pas en guerre. L’intervention militaire est principalement justifiée par la contestation du processus électoral, la concentration du pouvoir, les accusations de mauvaise gouvernance et le rejet d’une dynastie politique installée depuis plusieurs décennies.

 

Une date historique pour le Gabon

Le 30 août 2023 marque ainsi l’une des ruptures politiques les plus importantes de l’histoire contemporaine du Gabon. En quelques heures, l’annonce de la réélection d’Ali Bongo est suivie de l’annulation du scrutin, de la dissolution des institutions et de l’installation d’un pouvoir militaire. Pour de nombreux Gabonais, cette journée représente la fin d’un système politique longtemps considéré comme immuable. Elle ouvre cependant une période d’incertitude, durant laquelle les nouvelles autorités doivent prouver leur capacité à transformer les promesses de changement en réformes durables.

Le coup d’État du 30 août 2023 reste donc à la fois la date de la chute d’Ali Bongo, la fin de cinquante-six années de pouvoir familial et le point de départ d’une nouvelle étape de l’histoire politique gabonaise.

 

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