• Channel : VIP Crossing - 14/07/2026

Mars 2024 : la libération d’Ousmane Sonko et la victoire historique de Bassirou Diomaye Faye

 

Le mois de mars 2024 marque un tournant majeur dans l’histoire politique contemporaine du Sénégal. En l’espace de dix jours, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye sont libérés de prison, reprennent une campagne présidentielle particulièrement courte et conduisent leur mouvement politique à une victoire dès le premier tour. Le 14 mars, les deux figures de l’opposition quittent la prison du Cap Manuel, à Dakar. Leur libération provoque d’importantes scènes de liesse dans la capitale, où des milliers de sympathisants se rassemblent pour les accueillir. Dix jours plus tard, Bassirou Diomaye Faye remporte l’élection présidentielle du 24 mars avec 54,28 % des suffrages, devant Amadou Ba, candidat de la coalition au pouvoir. Cette victoire constitue l’aboutissement d’une longue confrontation entre le pouvoir du président Macky Sall et le mouvement politique dirigé par Ousmane Sonko. Elle intervient après plusieurs années de tensions, de manifestations, de poursuites judiciaires et de contestation de la gouvernance du pays.

Ancien inspecteur des impôts devenu responsable politique, Ousmane Sonko s’impose progressivement comme l’une des personnalités les plus populaires de l’opposition sénégalaise. Son discours met l’accent sur la souveraineté, la lutte contre la corruption, la justice sociale et une meilleure redistribution des richesses nationales. Son parti, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité, plus connu sous le nom de Pastef, attire une partie importante de la jeunesse. De nombreux jeunes Sénégalais se reconnaissent dans ses critiques du chômage, des inégalités, du coût de la vie et de la dépendance économique envers les partenaires étrangers. Mais sa progression politique s’accompagne de plusieurs procédures judiciaires. Ses partisans considèrent ces affaires comme des tentatives destinées à l’écarter de la présidentielle de 2024. Les autorités rejettent cette accusation et affirment que la justice agit de manière indépendante.

 

Bassirou Diomaye Faye choisi comme candidat de remplacement

Lorsque la candidature d’Ousmane Sonko devient impossible, son camp se tourne vers Bassirou Diomaye Faye. Proche collaborateur de Sonko et secrétaire général du Pastef, il partage avec lui une formation d’inspecteur des impôts et une vision politique fondée sur la rupture avec le système en place. Bassirou Diomaye Faye est lui aussi emprisonné. Placé en détention en avril 2023, il est notamment poursuivi pour des publications diffusées sur les réseaux sociaux dans lesquelles il critique le fonctionnement de la justice. Malgré son incarcération, sa candidature à l’élection présidentielle est validée.Le slogan « Diomaye mooy Sonko », signifiant que Diomaye représente la continuité politique de Sonko, devient l’un des principaux mots d’ordre de la campagne. Ce choix permet au mouvement de conserver son unité et de transférer une grande partie de la popularité d’Ousmane Sonko vers son candidat.

L’élection présidentielle devait initialement se tenir le 25 février 2024. Le 3 février, le président Macky Sall annonce cependant le report du scrutin, invoquant une crise entre l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel au sujet du processus de validation des candidatures. L’Assemblée nationale vote ensuite une loi repoussant l’élection au mois de décembre. Cette décision provoque une nouvelle vague de contestation et suscite des inquiétudes au Sénégal comme à l’étranger. Pour une partie de l’opposition et de la société civile, ce report constitue une prolongation injustifiée du mandat présidentiel. Le Conseil constitutionnel annule finalement le report et demande aux autorités d’organiser l’élection dans les meilleurs délais. La date du 24 mars est confirmée, mettant fin à plusieurs semaines d’incertitude institutionnelle. :contentReference[oaicite:0]{index=0}

 

Une loi d’amnistie ouvre la voie à leur libération

Dans une volonté affichée d’apaisement, une loi d’amnistie concernant les faits liés aux manifestations politiques survenues entre 2021 et 2024 est adoptée. Ce texte permet la libération de plusieurs centaines de personnes détenues dans le cadre des affrontements et des poursuites engagées pendant cette période. Le soir du 14 mars 2024, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye sortent de prison. Leur libération intervient seulement dix jours avant le scrutin. Des milliers de personnes se rassemblent dans les rues de Dakar, accompagnent leur cortège et célèbrent leur retour sur la scène politique. Cette libération transforme immédiatement la campagne. Jusque-là, Bassirou Diomaye Faye ne pouvait pas participer directement aux rassemblements ni présenter son programme aux électeurs. Dès le lendemain, il apparaît publiquement aux côtés d’Ousmane Sonko et lance une campagne express à travers le pays. :contentReference[oaicite:2]{index=2}

Malgré le temps très court dont il dispose, le duo Sonko-Faye organise des caravanes et des rassemblements qui attirent une foule nombreuse. Ousmane Sonko joue un rôle central dans la mobilisation des militants, tandis que Bassirou Diomaye Faye se présente comme le candidat capable de mettre en application le projet politique de leur mouvement. Le programme défend une rupture avec les pratiques de l’ancien système. Il promet notamment de renforcer l’indépendance de la justice, de lutter contre la corruption, de protéger les ressources naturelles et de renégocier certains accords économiques jugés défavorables au Sénégal.

Bassirou Diomaye Faye met également en avant la souveraineté monétaire, la réforme des institutions et la création d’emplois pour les jeunes. Sa candidature est particulièrement soutenue par une jeunesse confrontée au chômage, à la précarité et au départ de nombreux Sénégalais vers l’étranger.

 

Le scrutin présidentiel du 24 mars 2024

Le 24 mars, les Sénégalais se rendent aux urnes pour choisir le successeur de Macky Sall, qui ne se présente pas après deux mandats. Dix-neuf candidats participent au scrutin, dont l’ancien Premier ministre Amadou Ba, représentant de la coalition au pouvoir. Dès la fermeture des bureaux de vote, les premiers résultats placent Bassirou Diomaye Faye largement en tête. Dans la nuit, ses partisans commencent à célébrer dans plusieurs villes. Plusieurs candidats reconnaissent rapidement son avance et le félicitent. Le lendemain, Amadou Ba reconnaît à son tour la victoire de son adversaire. Cette reconnaissance contribue à préserver le calme et confirme la tradition d’alternance pacifique qui distingue le Sénégal dans une région marquée par plusieurs coups d’État militaires.

 

Bassirou Diomaye Faye élu dès le premier tour

Les résultats provisoires complets attribuent à Bassirou Diomaye Faye 54,28 % des voix. Amadou Ba obtient 35,79 % des suffrages. Le candidat de la rupture remporte ainsi l’élection dès le premier tour, sans avoir besoin d’affronter son principal adversaire lors d’un second vote. Le 29 mars, le Conseil constitutionnel confirme officiellement sa victoire. La plus haute juridiction électorale valide les résultats et ouvre la voie à son investiture comme nouveau président de la République. Cette victoire est d’autant plus spectaculaire que Bassirou Diomaye Faye était encore en prison moins de deux semaines avant son élection. Jusqu’alors peu connu du grand public en dehors des milieux militants, il devient en quelques jours le symbole d’une alternance politique fortement réclamée par une partie de la population.

L’élection de Bassirou Diomaye Faye constitue une rupture importante. Pour la première fois dans l’histoire politique du pays, un candidat de l’opposition remporte une élection présidentielle dès le premier tour. Elle représente également une victoire personnelle pour Ousmane Sonko. Bien qu’empêché de se présenter, il parvient à faire élire le candidat qu’il a désigné et à transformer son mouvement politique en principale force dirigeante du pays. Bassirou Diomaye Faye prête serment le 2 avril 2024 et prend officiellement ses fonctions. Il devient le cinquième président du Sénégal et l’un des plus jeunes dirigeants élus du continent africain.

 

La résilience de la démocratie sénégalaise

Les événements de mars 2024 ont placé les institutions sénégalaises sous une forte pression. Le report de l’élection, les manifestations, les arrestations et la confrontation entre les pouvoirs ont fait craindre une grave rupture démocratique. Pourtant, l’annulation du report par le Conseil constitutionnel, l’organisation du scrutin, l’acceptation des résultats par les principaux candidats et la transmission pacifique du pouvoir permettent au pays de sortir de la crise par les urnes. La libération d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye, suivie de la victoire de ce dernier, devient ainsi l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire politique récente du Sénégal. En dix jours, deux opposants emprisonnés passent du statut de détenus politiques à celui de principaux responsables du nouveau pouvoir.

Mars 2024 reste donc le mois d’une alternance inattendue et historique. Il symbolise à la fois la mobilisation d’une nouvelle génération, la résistance des institutions et la volonté d’une partie de la population sénégalaise d’ouvrir une nouvelle page politique.

 

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