- Channel : VIP Crossing - 13/07/2026
16 septembre 2023 : création de l’Alliance des États du Sahel
Le 16 septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger franchissent une étape majeure dans leur rapprochement politique et militaire en annonçant la création de l’Alliance des États du Sahel, communément appelée AES. Les trois pays signent à Bamako la Charte du Liptako-Gourma, un texte fondateur instituant entre eux une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle. L’accord est conclu sous l’autorité du capitaine Ibrahim Traoré pour le Burkina Faso, du colonel Assimi Goïta pour le Mali et du général Abdourahamane Tiani pour le Niger.
La naissance de l’AES intervient dans une période de profondes transformations politiques au Sahel. Les trois États sont alors dirigés par des autorités militaires issues de changements de pouvoir successifs et font face à des menaces sécuritaires communes, notamment l’expansion des groupes armés, le terrorisme, la criminalité organisée et l’instabilité dans les zones frontalières.
Une alliance formée dans un contexte de fortes tensions
La création de l’Alliance des États du Sahel est directement liée à la crise politique ouverte au Niger après la prise du pouvoir par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, le 26 juillet 2023. En réaction, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, impose des sanctions contre le Niger et évoque la possibilité d’une intervention militaire destinée à rétablir l’ordre constitutionnel. Cette menace provoque une vive réaction du Burkina Faso et du Mali, qui affirment qu’une opération militaire contre le Niger serait considérée comme une déclaration de guerre à leur encontre. Cette solidarité politique et militaire accélère le rapprochement entre Ouagadougou, Bamako et Niamey. Les trois gouvernements décident alors de transformer leur coopération en un engagement juridique formel, capable d’organiser une réponse commune en cas d’agression ou de menace contre l’un des États membres.
La Charte du Liptako-Gourma, fondement de l’AES
La Charte du Liptako-Gourma comprend un préambule et dix-sept articles. Elle affirme la volonté des trois États de défendre leur souveraineté, leur unité nationale, leur intégrité territoriale et la sécurité de leurs populations. Son objectif principal est clairement défini : mettre en place une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle. Les pays membres s’engagent également à combattre ensemble le terrorisme et la criminalité organisée dans l’espace commun de l’Alliance. La Charte prévoit aussi une coopération contre les rébellions armées et les menaces susceptibles de porter atteinte à la souveraineté ou à l’intégrité territoriale de l’un des trois pays. Les moyens pacifiques et diplomatiques doivent être privilégiés, mais le recours à la force reste possible lorsque la paix et la stabilité sont directement menacées.
Une attaque contre un pays considérée comme une attaque contre tous
L’article 6 de la Charte constitue le cœur du pacte de défense. Il dispose que toute atteinte à la souveraineté ou à l’intégrité territoriale de l’un des États membres sera considérée comme une agression dirigée contre l’ensemble des membres de l’Alliance. Une telle situation entraîne un devoir d’assistance de la part des autres pays. Cette aide peut être apportée individuellement ou collectivement et peut comprendre l’utilisation de la force armée afin de rétablir la sécurité dans l’espace de l’AES. Le texte élargit cette notion d’agression aux attaques dirigées contre les forces de défense et de sécurité des pays membres, y compris lorsque celles-ci sont engagées dans des opérations en dehors du territoire de l’Alliance. Les attaques contre leurs avions ou leurs navires sont également concernées.
Le nom de la Charte fait référence au Liptako-Gourma, un vaste espace transfrontalier partagé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette région, souvent appelée la zone des trois frontières, constitue depuis plusieurs années l’un des principaux foyers d’insécurité du Sahel central. La circulation des groupes armés à travers des frontières difficiles à contrôler a montré les limites d’une réponse strictement nationale. Les autorités des trois pays considèrent qu’une coordination renforcée de leurs forces, de leurs renseignements et de leurs moyens logistiques est indispensable pour répondre à une menace qui ne s’arrête pas aux frontières administratives.
Une affirmation commune de souveraineté
Au-delà du domaine militaire, la création de l’AES traduit la volonté des trois gouvernements de renforcer leur autonomie dans la conduite de leurs politiques nationales et internationales. Le préambule de la Charte évoque les luttes menées par les peuples africains pour l’indépendance politique, la dignité humaine et l’émancipation économique. Les dirigeants présentent ainsi l’Alliance comme un instrument de souveraineté, de solidarité et de résistance face aux pressions extérieures. La présidence malienne souligne au moment de la signature que les trois pays partagent des réalités politiques, économiques et sécuritaires comparables. L’objectif annoncé est de rechercher des solutions communes plutôt que de continuer à dépendre de dispositifs considérés par les autorités signataires comme insuffisants ou inadaptés à la situation du Sahel.
La Charte prévoit que les décisions de l’Alliance doivent être prises à l’unanimité. Aucun des trois pays ne peut donc imposer seul une orientation aux autres membres. Le financement de l’organisation doit être assuré par les contributions des États membres. La Charte prévoit par ailleurs la création ultérieure d’organes et de mécanismes chargés de faire fonctionner l’Alliance sur les plans politique, diplomatique et militaire.
L’AES reste également ouverte à l’adhésion d’autres pays partageant des réalités géographiques, politiques et socioculturelles similaires. Toute nouvelle adhésion doit cependant recevoir l’accord unanime des États déjà membres.
Un tournant dans l’histoire politique du Sahel
La signature de la Charte du Liptako-Gourma marque un tournant dans l’organisation politique et sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest. Pour la première fois, le Burkina Faso, le Mali et le Niger créent une structure commune reposant sur un engagement explicite de défense mutuelle. L’Alliance constitue aussi une réponse aux tensions croissantes entre les trois gouvernements sahéliens et plusieurs partenaires régionaux ou internationaux. Elle traduit une volonté de construire un nouvel espace de coopération centré sur la souveraineté, la sécurité collective et les intérêts communs des populations du Sahel.
La création de l’AES ne règle pas immédiatement les nombreuses difficultés militaires, économiques et humanitaires rencontrées par les trois pays. Elle pose cependant les bases juridiques et politiques d’un rapprochement durable, qui conduira ensuite le Burkina Faso, le Mali et le Niger à approfondir leur coopération dans plusieurs domaines. Le 16 septembre 2023 reste ainsi une date fondatrice dans l’histoire contemporaine du Sahel. En signant un pacte de défense collective, les trois États affirment qu’ils souhaitent désormais affronter ensemble les menaces communes et construire une nouvelle forme de solidarité régionale.























