- Channel : VIP Crossing - 14/07/2026
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger créent la Confédération des États du Sahel
Le 6 juillet 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger franchissent une nouvelle étape dans leur rapprochement en signant à Niamey le traité instituant la Confédération des États du Sahel. L’accord transforme l’Alliance des États du Sahel, initialement fondée sur un pacte de défense mutuelle, en une organisation politique dotée d’une ambition beaucoup plus large. La signature intervient au cours du premier sommet des chefs d’État de l’AES, organisé dans la capitale nigérienne sous le thème : « L’Alliance des États du Sahel : un espace souverain, de sécurité et de prospérité ». Le capitaine Ibrahim Traoré, dirigeant du Burkina Faso, le colonel Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, et le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, adoptent ensemble le traité créant la Confédération « Alliance des États du Sahel », abrégée Confédération AES.
De l’alliance militaire à la confédération
L’Alliance des États du Sahel avait été créée le 16 septembre 2023 par la signature de la Charte du Liptako-Gourma. À l’origine, cette structure reposait principalement sur la défense collective et l’assistance mutuelle entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Les trois pays s’étaient engagés à considérer toute atteinte à la souveraineté ou à l’intégrité territoriale de l’un d’entre eux comme une agression dirigée contre l’ensemble des membres. Cette solidarité avait été renforcée par les menaces d’intervention militaire formulées contre le Niger après le changement de pouvoir du 26 juillet 2023. Moins d’un an plus tard, les dirigeants estiment que la coopération militaire ne suffit plus. Ils souhaitent organiser un espace commun capable d’agir également dans les domaines diplomatique, économique, social et institutionnel.
La création de la Confédération AES donne ainsi une nouvelle dimension à l’organisation. Les trois États restent souverains, mais décident de coordonner davantage leurs politiques et de mettre en place des institutions communes.
Un sommet historique organisé à Niamey
Le premier sommet de l’AES se tient au Centre international de conférences Mahatma-Gandhi de Niamey. La rencontre est présidée par Abdourahamane Tiani, qui accueille les dirigeants malien et burkinabè ainsi que leurs délégations. Les chefs d’État examinent la situation sécuritaire dans la région, l’évolution des relations avec les organisations ouest-africaines et les moyens d’accélérer l’opérationnalisation de l’Alliance. À l’issue des travaux, ils signent plusieurs documents : le traité instituant la Confédération AES, la Déclaration de Niamey, le communiqué final du sommet et le règlement intérieur du Collège des chefs d’État. Ces textes donnent à l’organisation une base juridique et politique plus solide. L’AES ne se limite plus à un accord de circonstance conclu face à une menace immédiate. Elle devient un projet d’intégration appelé à structurer durablement les relations entre les trois pays.
La souveraineté au centre du projet confédéral
La nouvelle Confédération repose sur plusieurs principes fondamentaux : le respect de la souveraineté des États, la protection de leur intégrité territoriale, la non-agression entre les membres, la solidarité et la défense des intérêts des populations de l’espace sahélien. Le traité rejette également l’utilisation de mesures coercitives contre l’un des pays confédérés. Cette disposition fait directement écho aux sanctions imposées au Mali et au Niger après les changements de pouvoir survenus dans ces deux pays. Pour les trois dirigeants, la Confédération doit permettre aux pays du Sahel de définir eux-mêmes leurs priorités stratégiques, leurs alliances diplomatiques et leurs politiques de développement, sans subir de pressions extérieures qu’ils considèrent contraires aux intérêts de leurs populations.
Une défense commune face aux menaces armées
La sécurité reste l’un des principaux fondements de la Confédération. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont confrontés à des groupes armés qui circulent à travers des frontières vastes et difficiles à contrôler. Les chefs d’État décident de renforcer la mutualisation de leurs moyens militaires, de leurs renseignements et de leurs capacités logistiques. Une Force unifiée des États du Sahel avait déjà été mise en place à la suite d’une réunion des chefs d’état-major organisée à Niamey en mars 2024. Cette force est chargée d’appliquer un plan trilatéral permanent contre les groupes armés, la criminalité transnationale organisée, les trafics et les autres menaces pesant sur les trois pays.
La Confédération doit faciliter les opérations conjointes et permettre aux forces de sécurité de poursuivre les groupes armés au-delà des frontières nationales, avec l’accord des autres États membres.
Parler d’une seule voix sur la scène internationale
Le traité accorde une place importante à la coordination diplomatique. Les trois gouvernements souhaitent se consulter sur les principales questions internationales et défendre des positions communes auprès des organisations régionales et internationales. Cette volonté doit permettre à l’AES de disposer d’un poids politique plus important que celui de chacun des pays pris séparément. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger souhaitent notamment coordonner leurs relations avec leurs partenaires militaires, économiques et diplomatiques. Les dirigeants affirment vouloir parler d’une seule voix lorsqu’un intérêt commun est en jeu. Cette orientation renforce l’image de l’AES comme un nouveau bloc politique dans la région ouest-africaine.
Le retrait de la CEDEAO confirmé
La transformation de l’AES en confédération intervient quelques mois après l’annonce du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Lors du sommet de Niamey, les trois dirigeants qualifient ce retrait d’irrévocable. Ils reprochent à la CEDEAO d’avoir imposé des sanctions jugées illégitimes et d’avoir abandonné les principes de solidarité entre les peuples de la région. La création de la Confédération apparaît ainsi comme une alternative aux cadres régionaux existants. Elle vise à construire un espace correspondant davantage aux orientations politiques des trois gouvernements sahéliens. Cette rupture soulève cependant des interrogations concernant la circulation des populations, le commerce, les droits de résidence et les relations économiques avec les autres pays d’Afrique de l’Ouest.
Afin de limiter les conséquences du retrait de la CEDEAO, les chefs d’État demandent à leurs ministres d’élaborer rapidement des protocoles consacrés à la libre circulation des personnes et des biens. Les populations des trois pays entretiennent depuis longtemps des liens familiaux, culturels, commerciaux et professionnels. Les frontières sont traversées quotidiennement par des travailleurs, des commerçants, des transporteurs et des familles. La Confédération souhaite donc faciliter les déplacements au sein de l’espace AES et garantir la continuité des échanges. L’objectif affiché est de rapprocher les peuples et de transformer les frontières communes en espaces de coopération plutôt qu’en obstacles.
Des projets communs pour le développement
La Confédération ne doit pas uniquement répondre aux défis militaires. Les trois dirigeants annoncent leur volonté de mutualiser leurs ressources afin de financer des projets structurants et intégrateurs. Les secteurs prioritaires comprennent l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’eau, l’environnement, l’énergie, les mines, les transports, les infrastructures, les télécommunications, le commerce, l’industrie et l’économie numérique. Une attention particulière doit également être accordée à l’éducation, à la formation professionnelle, à l’emploi, à la santé, à la jeunesse, au sport, à la culture et à la cohésion sociale. Pour financer ces ambitions, les chefs d’État annoncent la création d’une Banque d’investissement de l’AES ainsi que d’un Fonds de stabilisation. Ces deux instruments doivent soutenir les projets communs et aider les États à faire face aux crises économiques, sécuritaires ou humanitaires.
Une présidence annuelle tournante
Le fonctionnement de la Confédération repose notamment sur un Collège des chefs d’État réunissant les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays instaurent une présidence tournante d’une durée d’un an. Le Mali est choisi pour assurer la première présidence de la Confédération AES, confiée à Assimi Goïta. Cette organisation doit permettre à chaque pays de participer à la direction politique de l’ensemble. Elle vise également à garantir une certaine égalité entre les trois États fondateurs. La signature du traité du 6 juillet 2024 marque un tournant dans l’histoire politique du Sahel. En moins d’un an, un pacte de défense conclu dans un contexte d’urgence devient une confédération couvrant la sécurité, la diplomatie et le développement. Pour ses dirigeants, la Confédération AES constitue un outil d’indépendance, de solidarité et de reconstruction régionale. Elle doit permettre aux trois pays de mutualiser leurs forces, de protéger leurs populations et de construire des politiques adaptées aux réalités sahéliennes. Le projet doit cependant faire face à de nombreux défis : l’insécurité, les difficultés économiques, l’enclavement, la pauvreté, les besoins en infrastructures et la nécessité d’harmoniser les politiques de trois États disposant chacun de leurs propres institutions.
La réussite de la Confédération dépendra donc de la capacité des gouvernements à transformer leurs engagements politiques en réalisations concrètes pour les populations.
Une date fondatrice pour l’Alliance des États du Sahel
Le 6 juillet 2024 demeure une date fondatrice pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La signature du traité de Niamey officialise leur volonté de construire un destin commun au-delà de la seule coopération militaire. La Confédération AES devient le cadre dans lequel les trois pays souhaitent coordonner leur défense, leur diplomatie et leurs projets de développement. Elle symbolise aussi leur rupture avec certaines formes traditionnelles d’intégration régionale et leur volonté d’inventer un nouveau modèle de coopération sahélienne. En passant de l’Alliance à la Confédération, les trois gouvernements affirment vouloir unir leurs forces pour défendre leur souveraineté, renforcer leur sécurité et rechercher ensemble une prospérité durable pour les peuples du Sahel.






















