- Channel : VIP Crossing - 14/07/2026
16 mars 2024 : Kémi Séba brûle son passeport français avant de perdre sa nationalité
Le 16 mars 2024, le militant panafricaniste Kémi Séba accomplit un geste hautement symbolique en brûlant publiquement son passeport français au cours d’une réunion organisée à Fleury-Mérogis, dans l’Essonne. Cet acte intervient quelques semaines après l’ouverture par le ministère français de l’Intérieur d’une procédure susceptible de lui faire perdre la nationalité française. Devant ses partisans, Kémi Séba choisit de ne pas attendre la décision administrative et transforme son passeport en symbole de rupture avec la France. Près de quatre mois plus tard, un décret signé le 8 juillet et publié au Journal officiel le 9 juillet 2024 déclare que Stellio Gilles Robert Capo Chichi, son nom de naissance, a perdu la qualité de Français. Cette décision met officiellement fin à sa double nationalité franco-béninoise.
Kémi Séba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, est né le 9 décembre 1981 à Strasbourg. Français de naissance, il possède également la nationalité béninoise par ses origines familiales. Au fil des années, il devient une figure très médiatisée du panafricanisme contemporain. Son discours dénonce la persistance de l’influence politique, militaire et économique de la France dans ses anciennes colonies africaines. Président de l’organisation Urgences panafricanistes, il organise des conférences, des manifestations et des campagnes en faveur de la souveraineté africaine. Il intervient notamment sur le franc CFA, la présence militaire française, le contrôle des ressources naturelles et les relations entre les gouvernements africains et les puissances occidentales. Son parcours reste toutefois marqué par de nombreuses controverses. Les autorités françaises et plusieurs organisations lui reprochent des prises de position considérées comme extrémistes, ainsi que plusieurs condamnations liées notamment à des propos haineux. Ses soutiens estiment au contraire qu’il est visé en raison de son opposition à la politique française en Afrique.
Une procédure engagée par le ministère de l’Intérieur
En février 2024, Kémi Séba annonce avoir reçu un courrier du ministère français de l’Intérieur l’informant de l’ouverture d’une procédure de perte de sa nationalité française. La procédure repose sur l’article 23-7 du Code civil. Celui-ci permet de déclarer qu’un Français possédant également une autre nationalité a perdu la qualité de Français lorsqu’il se comporte en fait comme le ressortissant d’un pays étranger. Dans le cas de Kémi Séba, les autorités invoquent notamment son activité politique à l’étranger, ses prises de position contre la France et ses campagnes menées dans plusieurs pays africains. Le gouvernement considère que son comportement manifeste une loyauté envers un autre État et une opposition constante aux intérêts français. Cette procédure est différente d’une déchéance de nationalité prononcée après une condamnation pour des crimes précis. Juridiquement, le décret de juillet 2024 le déclare avoir perdu la nationalité française sur le fondement de son comportement et de sa double nationalité.
La réunion publique au cours de laquelle Kémi Séba brûle son passeport doit se tenir le 16 mars 2024 dans une salle de Fleury-Mérogis. La préfecture de l’Essonne prend initialement un arrêté interdisant l’événement. Les autorités invoquent notamment des risques de troubles à l’ordre public. Cette interdiction est cependant contestée devant la justice administrative. Le tribunal administratif de Versailles suspend finalement la décision préfectorale, permettant le maintien de la conférence. Kémi Séba peut ainsi s’exprimer devant ses partisans dans un contexte déjà marqué par une forte confrontation avec les autorités françaises.
Le passeport français livré aux flammes
Pendant la conférence, le militant présente son passeport français au public. Il l’approche ensuite d’une flamme et le laisse brûler devant les caméras et les personnes présentes dans la salle. Par ce geste, il affirme vouloir montrer qu’il ne considère plus la nationalité française comme un privilège. Il se présente comme un Africain et un Béninois libre, refusant de conserver le document d’un pays dont il combat la politique sur le continent africain. Les images du passeport en feu circulent rapidement sur les réseaux sociaux. Elles deviennent l’un des symboles les plus spectaculaires de la confrontation entre Kémi Séba et l’État français. L’acte est salué par ses partisans, qui y voient un refus de la domination postcoloniale et une affirmation de la dignité africaine. Ses détracteurs le considèrent au contraire comme une provocation mise en scène pour renforcer sa popularité.
Un geste inscrit dans la continuité de ses actions symboliques
La destruction du passeport français rappelle une autre action qui avait fortement contribué à la notoriété de Kémi Séba. En août 2017, il avait brûlé publiquement un billet de 5 000 francs CFA à Dakar pour protester contre cette monnaie utilisée par plusieurs anciennes colonies françaises. Ce premier geste avait provoqué son arrestation, puis son expulsion du Sénégal. Il avait aussi contribué à populariser le débat sur la souveraineté monétaire dans une partie de l’Afrique francophone. En mars 2024, le passeport remplace le billet comme objet politique. Dans les deux cas, Kémi Séba utilise la destruction publique d’un symbole pour illustrer son rejet des liens institutionnels entre la France et l’Afrique.
La perte de la nationalité officialisée en juillet 2024
Le 8 juillet 2024, un décret est signé après avis conforme du Conseil d’État. Le texte est publié le lendemain au Journal officiel de la République française. Le décret indique que Stellio Gilles Robert Capo Chichi est déclaré avoir perdu la nationalité française. Il conserve la nationalité béninoise et ne devient donc pas apatride. Dans sa réaction, Kémi Séba accueille favorablement la décision et affirme se sentir libéré d’un fardeau. Il présente le retrait de sa nationalité comme une reconnaissance de l’efficacité de son combat politique contre ce qu’il appelle la Françafrique. Son avocat, Juan Branco, critique au contraire une mesure politique et autoritaire. Il estime que la procédure sanctionne principalement les opinions et les engagements publics de son client.
L’utilisation de l’article 23-7 du Code civil attire l’attention des juristes. Cette disposition, rarement mobilisée dans l’histoire récente, permet de retirer la qualité de Français à un binational dont le comportement est considéré comme celui d’un ressortissant étranger. La mesure ne repose donc pas uniquement sur des déclarations hostiles à la France. Elle doit être appuyée par un ensemble d’éléments permettant d’établir un comportement durable en faveur d’un autre pays. Selon les informations publiées au moment de la décision, le recours à cet article n’avait plus été observé sous cette forme depuis plusieurs décennies. Le cas Kémi Séba ouvre ainsi un débat sur les limites de la liberté politique, la notion de loyauté nationale et la possibilité de retirer une nationalité acquise dès la naissance. :contentReference[oaicite:4]{index=4}
Un symbole puissant pour une partie du mouvement panafricaniste
Pour une partie des mouvements panafricanistes, le passeport brûlé représente davantage qu’un simple document administratif. Il symbolise le refus d’une appartenance politique à l’ancienne puissance coloniale et la volonté d’affirmer une identité africaine indépendante. L’acte s’inscrit dans une période marquée par une forte remise en cause de la présence française en Afrique. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les autorités issues de coups d’État ont exigé le départ de soldats français et se sont rapprochées de nouveaux partenaires internationaux. Dans ce contexte, Kémi Séba devient l’une des figures civiles les plus visibles du rejet de l’influence française. Son discours rencontre une audience importante auprès de populations qui considèrent que les indépendances politiques n’ont pas mis fin aux rapports de domination économique et diplomatique. Malgré son influence dans certains milieux panafricanistes, Kémi Séba reste une personnalité profondément controversée. Son passé militant, ses condamnations et certaines de ses alliances politiques sont régulièrement rappelés par ses opposants. Il est notamment accusé de diffuser une vision radicale des relations raciales et d’entretenir des proximités avec des gouvernements ou des puissances cherchant à étendre leur influence en Afrique. Kémi Séba rejette ces accusations et affirme que ses relations internationales servent uniquement la libération et la souveraineté du continent. La perte de sa nationalité ne met donc pas fin aux controverses. Elle renforce au contraire son image de militant en rupture totale avec la France et lui offre un nouveau symbole pour alimenter son discours contre le néocolonialisme.
Une rupture politique devenue officielle
Le 16 mars 2024 demeure une date importante dans le parcours de Kémi Séba. En brûlant son passeport, le militant devance symboliquement la décision que l’État français prendra quelques mois plus tard. Le 9 juillet, la publication du décret au Journal officiel transforme cette rupture symbolique en rupture juridique. Kémi Séba cesse officiellement d’être français et conserve uniquement sa nationalité béninoise. Bruler le passeport puis la perte de la nationalité française constituent ainsi deux moments d’un même affrontement politique. Pour les autorités françaises, la décision sanctionne un comportement incompatible avec la conservation de la nationalité. Pour Kémi Séba et ses partisans, elle confirme la rupture entre un militant panafricaniste et un système postcolonial qu’il combat depuis plusieurs années.
























