La liste de Shindler
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...

Emilie Schindler, née Emilie Pelzl le 22 octobre 1907 à Alt Moletein, en Moravie, et morte le 5 octobre 2001 en Allemagne, est une Juste parmi les nations connue pour avoir participé avec son mari Oskar Schindler au sauvetage de plus d’un millier de Juifs pendant la Shoah. Longtemps restée dans l’ombre de la personnalité flamboyante d’Oskar, elle joue pourtant un rôle concret dans l’alimentation, les soins et la protection des travailleurs de leurs usines. Après la guerre, elle vit plusieurs décennies en Argentine. Sa reconnaissance publique arrive tardivement, notamment après La Liste de Schindler de Steven Spielberg.
Emilie naît dans une famille de paysans germanophones des Sudètes. Ses parents, Josef et Marie Pelzl, vivent dans un environnement rural où le travail agricole, les animaux et la religion structurent la vie quotidienne. Elle grandit avec son frère Franz. Cette enfance relativement paisible contraste fortement avec les décennies qui suivront.
Elle rencontre Oskar Schindler dans sa jeunesse. Ils se marient le 6 mars 1928. Le couple possède des tempéraments très différents : Emilie est décrite comme réservée, attachée au travail et aux responsabilités, tandis qu’Oskar est plus mondain, séducteur et attiré par les affaires. Cette opposition marquera durablement leur relation.
Les premières années du mariage sont compliquées par les difficultés financières et les infidélités d’Oskar. Emilie reste néanmoins à ses côtés. Lorsque l’Europe entre dans la Seconde Guerre mondiale, leur vie prend une direction totalement nouvelle. Oskar s’installe à Cracovie et reprend une usine d’émail employant des travailleurs juifs.
Au début, l’entreprise fonctionne dans le contexte de l’économie de guerre et profite du système d’occupation allemand. Oskar entretient des relations avec des responsables nazis et développe son activité. Emilie n’est pas immédiatement au centre de l’usine, mais elle devient progressivement impliquée dans la protection des ouvriers. La persécution transforme le sens même de l’entreprise.
À Cracovie, les travailleurs juifs sont soumis au ghetto puis au camp de Płaszów. Le régime d’Amon Göth se caractérise par une violence arbitraire. Oskar utilise ses contacts et son argent pour maintenir ses employés dans son usine. Emilie participe de plus en plus directement aux efforts destinés à les nourrir et à les soigner.
Lorsque l’usine est transférée à Brünnlitz, en Moravie, en 1944, Emilie joue un rôle encore plus concret. Le site accueille plus d’un millier de prisonniers juifs inscrits sur les listes de travailleurs. Les conditions restent dangereuses et la nourriture manque. Elle cherche des vivres dans les villages environnants et utilise ses relations pour obtenir des produits impossibles à recevoir officiellement.
Emilie fournit aussi des médicaments. Plusieurs témoignages de survivants soulignent qu’elle soigne des malades et veille à ce que les plus faibles aient une chance de récupérer. Dans un système où la maladie peut conduire directement à la mort, ces gestes ont une importance vitale. Elle transforme des espaces de l’usine en lieux de soin improvisés.
L’un des épisodes les plus marquants concerne un train de prisonniers arrivés dans un état catastrophique après avoir été abandonnés dans le froid. Les wagons contiennent des hommes et des femmes extrêmement affaiblis. Emilie contribue à leur accueil, à leur alimentation et à leur récupération. Cet épisode deviendra l’un des exemples les plus cités de son action personnelle.
Elle fait également enterrer dignement des prisonniers morts pendant ces transports, malgré les contraintes nazies. Ces gestes montrent une conception très concrète de la dignité. Emilie ne possède pas le pouvoir relationnel d’Oskar, mais elle agit dans le quotidien. La survie dépend autant de ces actions pratiques que des négociations administratives.
À Brünnlitz, l’usine produit volontairement très peu de munitions utilisables. Oskar et Emilie doivent maintenir l’illusion d’une entreprise nécessaire à l’effort de guerre. Toute découverte pourrait conduire à l’arrestation du couple et à la déportation des travailleurs. Cette tension accompagne les derniers mois du conflit.
Emilie utilise une partie de ses bijoux et ressources pour obtenir de la nourriture et des fournitures. Les biens personnels deviennent une monnaie de survie. Elle accepte de sacrifier ce qui reste de sécurité matérielle. Cette contribution est longtemps moins racontée que les dépenses spectaculaires d’Oskar, mais elle est essentielle.
En mai 1945, la guerre se termine en Europe. Les travailleurs de Brünnlitz sont libérés. Oskar et Emilie doivent fuir, car l’appartenance passée d’Oskar au parti nazi pourrait les exposer aux autorités soviétiques. Des survivants témoignent en leur faveur et leur donnent des documents expliquant leur action.
Le couple passe par plusieurs pays avant de s’installer en Argentine en 1949. Ils tentent d’y développer une exploitation agricole. Le projet échoue progressivement. Les difficultés financières et les tensions anciennes du couple deviennent de plus en plus fortes.
En 1957, Oskar quitte Emilie et retourne en Allemagne. Ils ne reprendront jamais réellement leur vie commune. Emilie reste en Argentine, où elle vit de manière modeste. Le contraste avec la célébrité postérieure d’Oskar est particulièrement frappant.
Pendant des décennies, le rôle d’Emilie reste peu connu du grand public. Les survivants, eux, se souviennent de ses soins, de la nourriture et de sa présence. L’histoire de Schindler est progressivement racontée par Poldek Pfefferberg puis Thomas Keneally. Le roman Schindler’s Ark publié en 1982 évoque aussi sa contribution.
Lorsque Steven Spielberg réalise La Liste de Schindler en 1993, Caroline Goodall incarne Emilie. Le film montre plusieurs aspects de la relation conjugale et de l’engagement du couple. Mais une partie importante de l’action directe d’Emilie est réduite ou absente. Cette représentation contribue paradoxalement à faire connaître son nom tout en maintenant Oskar au premier plan.
La même année, Yad Vashem reconnaît officiellement Oskar et Emilie Schindler comme Justes parmi les nations. Cette distinction confirme que le sauvetage ne doit pas être attribué uniquement à Oskar. Emilie reçoit enfin une reconnaissance institutionnelle correspondant aux témoignages des survivants. Elle se rend en Israël pour les cérémonies.
En 1995, l’Argentine lui remet l’Ordre de Mai, l’une des plus importantes distinctions accordées par le pays à une personnalité étrangère. Cette reconnaissance arrive après plus de quarante ans de vie en Amérique du Sud. Emilie devient progressivement une figure publique de la mémoire de la Shoah.
Elle publie également des souvenirs sous un titre souvent traduit comme Dans l’ombre de Schindler. Le choix de ce titre résume son sentiment d’avoir été effacée par la légende de son mari. Emilie ne nie pas le courage d’Oskar, mais elle souhaite que son propre travail et ses sacrifices soient reconnus. Le livre permet de rééquilibrer le récit.
À la fin des années 1990, sa situation matérielle reste modeste. Des aides et pensions lui sont accordées. Elle reçoit davantage d’invitations et de marques de reconnaissance. Sa vie devient plus visible au moment où l’âge et la santé la fragilisent.
En 2001, elle retourne définitivement en Allemagne. Elle subit un accident vasculaire cérébral et est hospitalisée. Emilie Schindler meurt le 5 octobre 2001 à Strausberg, quelques semaines avant son quatre-vingt-quatorzième anniversaire. Elle est enterrée à Waldkraiburg.
Sa tombe porte une formule issue de la tradition juive rappelant que sauver une vie équivaut à sauver le monde entier. Cette inscription résume parfaitement la mémoire qui lui est désormais associée. Emilie n’était ni dirigeante politique ni militaire. Son héroïsme repose sur des gestes quotidiens accomplis dans un système où la compassion pouvait coûter la vie.
Son histoire continue à être étudiée après sa mort. Des documentaires, livres et œuvres scéniques lui redonnent une place plus centrale. L’opéra Frau Schindler, créé au XXIe siècle, choisit précisément de raconter l’histoire depuis son point de vue. Cette évolution montre que la mémoire du sauvetage continue à se rééquilibrer.
En 2026, Emilie Schindler est reconnue comme une actrice essentielle du sauvetage des Schindlerjuden. Son mari a utilisé les relations, l’argent et la négociation ; elle a nourri, soigné et protégé au quotidien. Ces deux formes d’action se complétaient. Son parcours rappelle que les grandes histoires de sauvetage reposent souvent sur des personnes dont le travail silencieux reste longtemps invisible.
Parcours et dates clés
Seconde Guerre mondiale / Sauvetage
– 1939 à 1944 – Participation progressive à la protection des travailleurs juifs des usines Schindler
– 1944 à 1945 – Brünnlitz – ravitaillement, soins et protection des prisonniers
– 1945 – Libération des travailleurs de Brünnlitz
Après-guerre
– 1949 – Installation en Argentine avec Oskar Schindler
– 1957 – Séparation définitive du couple après le retour d’Oskar en Allemagne
Reconnaissance et distinctions
– 1993 – Reconnaissance comme Juste parmi les nations par Yad Vashem
– 1995 – Ordre de Mai en Argentine
– Années 1990 – Publication de ses mémoires, connues sous le titre Dans l’ombre de Schindler
Repères personnels
– 22 octobre 1907 – Naissance à Alt Moletein, Moravie
– 6 mars 1928 – Mariage avec Oskar Schindler
– 5 octobre 2001 – Décès à Strausberg, Allemagne
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...