La liste de Shindler
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...

Branko Lustig est un producteur de cinéma croate né le 10 juin 1932 à Osijek, alors située dans le royaume de Yougoslavie, et mort le 14 novembre 2019 à Zagreb. Survivant juif d’Auschwitz et de Bergen-Belsen, il transforme une enfance marquée par la persécution en une carrière internationale exceptionnelle. Il devient producteur de La Liste de Schindler puis de Gladiator, deux films qui lui valent l’Oscar du meilleur film. Son parcours associe ainsi mémoire de la Shoah, production européenne, Hollywood et transmission auprès des jeunes générations.
Lustig naît dans une famille juive de Croatie. Son enfance se déroule d’abord dans une communauté où les traditions familiales et religieuses structurent le quotidien. L’invasion et les persécutions antisémites bouleversent brutalement cette vie. Encore enfant, il est arrêté et déporté avec plusieurs membres de sa famille.
Il passe par le camp d’Auschwitz, où il reçoit un numéro de détenu et découvre l’univers concentrationnaire à un âge où il aurait dû poursuivre une scolarité normale. Une grande partie de sa famille est assassinée. Lustig survit grâce à une combinaison de hasard, de résistance physique et d’aide reçue dans les camps. Cette expérience restera présente dans toute sa vie.
Il est ensuite transféré à Bergen-Belsen. La faim, les maladies et l’effondrement du système nazi marquent les derniers mois de captivité. Lorsque le camp est libéré, Lustig est encore très jeune mais porte déjà une mémoire que peu de survivants parviendront à transmettre pendant aussi longtemps. Le cinéma deviendra progressivement l’un de ses moyens de raconter cette histoire.
Après la guerre, il retourne en Yougoslavie. Reconstruire une vie professionnelle exige de dépasser le statut de survivant sans oublier les morts. Lustig s’intéresse au cinéma, secteur qui se développe fortement dans le pays socialiste. Il entre chez Jadran Film à Zagreb au milieu des années 1950.
En 1955, il commence comme assistant réalisateur. L’année suivante, il travaille comme directeur de production sur Ne okreći se sine de Branko Bauer, drame consacré à la Seconde Guerre mondiale. Cette proximité précoce avec les récits de guerre n’est pas anodine. Lustig apprend simultanément l’organisation des tournages et la manière dont le cinéma peut reconstruire l’histoire.
Jadran Film accueille de nombreuses coproductions étrangères tournées en Yougoslavie. Lustig devient progressivement un professionnel recherché pour la logistique, les décors, les équipes locales et les relations avec les productions internationales. Il développe une capacité exceptionnelle à résoudre des problèmes pratiques. Cette compétence sera plus tard déterminante à Hollywood.
En 1971, il travaille sur Un violon sur le toit comme responsable ou coordinateur de production. La comédie musicale est tournée en partie en Yougoslavie pour recréer l’Europe de l’Est juive d’avant la révolution russe. Pour Lustig, participer à ce projet possède une résonance particulière. Il contribue à reconstruire à l’écran un monde culturel dont une grande partie a disparu pendant la Shoah.
Dans les années 1980, il travaille sur les mini-séries The Winds of War puis War and Remembrance. Ces grandes productions américaines racontent la Seconde Guerre mondiale et la Shoah sur plusieurs continents. Lustig met son expérience européenne au service de dispositifs logistiques complexes. Il devient un intermédiaire précieux entre équipes américaines et décors européens.
War and Remembrance reconstitue notamment les camps nazis. Pour Lustig, la production ne relève donc pas seulement d’un exercice historique. Elle réactive des lieux, gestes et situations liés à son propre passé. Son expérience de survivant lui donne une sensibilité particulière aux détails et à la responsabilité morale de la représentation.
En 1988, il s’installe aux États-Unis. Cette nouvelle étape lui permet d’accéder directement aux grandes productions hollywoodiennes. Lustig possède déjà plus de trente ans d’expérience. Il n’arrive pas comme débutant mais comme professionnel capable de gérer des tournages internationaux de grande ampleur.
Le projet décisif arrive avec La Liste de Schindler. Steven Spielberg prépare l’adaptation du livre de Thomas Keneally consacré à l’industriel allemand Oskar Schindler, qui a sauvé plus d’un millier de Juifs. Lustig devient l’un des producteurs du film. Son histoire personnelle donne au projet une dimension unique.
Le tournage a lieu principalement en Pologne, notamment à Cracovie. Lustig revient donc dans l’espace géographique de l’extermination nazie, cette fois avec la responsabilité de produire un film destiné à des millions de spectateurs. Il participe au choix des lieux, à l’organisation et à la cohérence historique. Son expérience de survivant n’est jamais séparée de son expertise professionnelle.
Il apparaît également brièvement devant la caméra comme maître d’hôtel dans une scène de club. Ce caméo reste secondaire, mais il symbolise la présence du producteur à l’intérieur même de l’œuvre. Lustig n’est pas seulement celui qui organise le film ; il devient aussi un visage de cette reconstruction. La frontière entre histoire personnelle et cinéma se resserre.
Lors de la cérémonie des Oscars de 1994, La Liste de Schindler remporte le prix du meilleur film. Branko Lustig monte sur scène avec ses partenaires producteurs. Dans son discours, il rappelle qu’il a été détenu à Auschwitz et évoque les victimes. Ce moment devient l’une des prises de parole les plus fortes de sa carrière.
L’Oscar représente une reconnaissance professionnelle immense, mais Lustig insiste toujours sur la mémoire plutôt que sur le prestige. Il devient le premier Croate à recevoir cette récompense. Le film remporte également le Golden Globe du meilleur film dramatique. La réussite dépasse tout ce qu’il avait connu auparavant.
Après Spielberg, Lustig poursuit sa carrière à Hollywood. Il travaille sur The Peacemaker en 1997, thriller avec George Clooney et Nicole Kidman. Le projet mêle terrorisme, armes nucléaires et géopolitique post-soviétique. Lustig utilise à nouveau sa connaissance de l’Europe et des productions internationales.
En 2000, il produit Gladiator de Ridley Scott. Le film recrée la Rome impériale à travers l’histoire du général Maximus, incarné par Russell Crowe. La production nécessite des décors monumentaux, des milliers de costumes, des combats et des effets visuels. Lustig retrouve un projet de très grande ampleur mais dans un univers totalement différent de La Liste de Schindler.
Gladiator devient un phénomène mondial. En 2001, il remporte l’Oscar du meilleur film. Lustig obtient ainsi un deuxième Oscar, accomplissement exceptionnel pour un producteur venu de l’industrie yougoslave. Il devient la seule personnalité croate à avoir remporté deux Oscars de cette catégorie.
La même période, il travaille comme producteur ou producteur exécutif sur Hannibal et Black Hawk Down. Ridley Scott devient l’un de ses principaux collaborateurs. Lustig comprend parfaitement les besoins de productions tournées dans plusieurs pays. Son expérience de terrain reste un avantage majeur.
Il participe également à Kingdom of Heaven, autre grande fresque historique de Ridley Scott. Le film reconstitue les croisades et Jérusalem au XIIe siècle. Une nouvelle fois, Lustig accompagne une production où histoire, religion et spectacle se rencontrent. Son parcours montre qu’il peut passer de la mémoire personnelle à des périodes historiques très éloignées.
À partir de la fin des années 2000, son activité se déplace davantage vers la transmission. Il fonde avec Phil Blazer Six Point Films, société destinée à développer des œuvres porteuses de sens. Il devient aussi président d’honneur du Festival du film juif de Zagreb. Lustig utilise désormais sa notoriété pour soutenir des projets liés à la mémoire et à la tolérance.
En 2008, l’Université de Zagreb lui décerne un doctorat honoris causa. Cette distinction reconnaît à la fois son œuvre cinématographique et son importance culturelle. Il reçoit également plusieurs décorations croates. Lustig est devenu une personnalité nationale après une carrière largement construite à l’étranger.
En 2011, il retourne à Auschwitz pour célébrer symboliquement sa bar-mitsva, cérémonie qu’il n’avait pas pu vivre normalement à treize ans à cause de la déportation. Ce retour possède une force particulière. Le survivant revient dans le camp non plus comme prisonnier, mais comme homme libre, producteur oscarisé et témoin.
En 2015, il confie l’Oscar remporté pour La Liste de Schindler à Yad Vashem pour qu’il y soit conservé. Le geste transforme une récompense personnelle en objet de mémoire collective. Lustig considère que cette statuette appartient d’une certaine manière aux victimes et aux survivants. Il poursuit ainsi la mission engagée avec le film.
Il intervient régulièrement devant des élèves et des étudiants. Ses témoignages insistent sur la nécessité de combattre l’antisémitisme, le racisme et l’indifférence. Lustig sait que la génération des survivants disparaît progressivement. Il cherche donc à utiliser le cinéma et la parole publique pour prolonger cette mémoire.
Ses dernières années se déroulent davantage en Croatie. Il reste lié au monde du cinéma et aux institutions de mémoire. Son statut de double oscarisé lui donne une grande visibilité, mais il continue à se présenter d’abord comme survivant et professionnel du film. Cette simplicité devient une caractéristique de son image publique.
Branko Lustig meurt le 14 novembre 2019 à Zagreb à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Les hommages viennent de Croatie, d’Israël, des États-Unis et de nombreux professionnels du cinéma. Sa mort clôt une trajectoire qui relie directement Auschwitz à Hollywood. Peu de vies résument avec autant de force les ruptures du XXe siècle.
En 2026, La Liste de Schindler et Gladiator restent les deux sommets visibles de sa carrière, mais son héritage dépasse les Oscars. Lustig a utilisé la production comme un métier de construction, puis la célébrité comme un outil de transmission. Survivant, producteur et témoin, il a transformé une histoire de persécution en une œuvre durable consacrée à la mémoire et à la dignité humaine.
Parcours et dates clés
Production / Cinéma
– 1955 – Début comme assistant réalisateur chez Jadran Film
– 1971 – Un violon sur le toit – travail de production
– 1983 – The Winds of War – production
– 1988 – War and Remembrance – production
– 1993 – La Liste de Schindler – producteur et caméo
– 1997 – The Peacemaker – producteur
– 2000 – Gladiator – producteur
– 2001 – Hannibal – production
– 2001 – Black Hawk Down – production
– 2005 – Kingdom of Heaven – production
Récompenses et distinctions
– 1994 – Oscar du meilleur film pour La Liste de Schindler
– 2001 – Oscar du meilleur film pour Gladiator
– 2008 – Doctorat honoris causa de l’Université de Zagreb
– 2015 – Don de l’Oscar de La Liste de Schindler à Yad Vashem
Mémoire / Transmission
– 1940 à 1945 – Déportation et survie à Auschwitz puis Bergen-Belsen
– 2011 – Bar-mitsva symbolique célébrée à Auschwitz
Repères personnels
– 10 juin 1932 – Naissance à Osijek, Yougoslavie
– 14 novembre 2019 – Décès à Zagreb, Croatie
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...