La liste de Shindler
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Jonathan Sagall est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur israélo-canadien né le 23 avril 1959 à Toronto. Installé en Israël durant son enfance, il devient une vedette populaire grâce à la série de films Lemon Popsicle avant de développer une carrière plus personnelle dans le cinéma indépendant. Il incarne Poldek Pfefferberg dans La Liste de Schindler de Steven Spielberg, puis signe comme auteur-réalisateur Urban Feel et Lipstikka, tous deux présentés au Festival de Berlin. Son parcours relie ainsi cinéma populaire israélien, grande production internationale et création d’auteur.
Sagall naît au Canada dans une famille juive liée au monde artistique et marquée par l’histoire de la Shoah. Plusieurs membres de sa famille ont survécu aux persécutions en Europe avant d’émigrer. Sa mère, Ruth Sagall, est actrice. Le théâtre et l’interprétation sont donc présents très tôt dans son environnement.
La famille retourne en Israël alors que Jonathan est encore enfant. Il grandit principalement à Haïfa. Cette ville possède une importante vie culturelle et théâtrale. Sagall y découvre la scène avant de partir se former plus sérieusement au métier.
Il étudie notamment à la Guildhall School of Music and Drama de Londres. Cette formation britannique lui apporte une technique de théâtre très structurée. Sagall apprend à travailler en anglais en plus de l’hébreu. Cette capacité linguistique facilitera plus tard son accès aux productions internationales.
Ses premiers rôles arrivent à la fin des années 1970. En 1978, Lemon Popsicle, connu dans plusieurs pays sous le titre Juke Box ou Eskimo Limon, transforme sa carrière. Sagall incarne Momo, l’un des trois jeunes hommes au centre de cette comédie adolescente. Le film devient un immense succès populaire en Israël.
Lemon Popsicle mélange sexualité, amitié, musique des années 1950 et passage à l’âge adulte. Sagall forme un trio immédiatement identifiable avec ses partenaires. Le succès conduit rapidement à plusieurs suites. L’acteur reprend Momo dans une grande partie de la franchise.
Going Steady, Hot Bubblegum, Private Popsicle, Baby Love, Young Love et Summertime Blues prolongent cet univers pendant près d’une décennie. Sagall devient l’un des jeunes acteurs les plus connus du pays. Cette popularité lui donne une sécurité professionnelle mais risque aussi de l’enfermer dans un seul personnage.
Il cherche donc parallèlement des rôles plus ambitieux. En 1983, Drifting, ou Nagua, réalisé par Amos Guttman, lui confie Robi. Le film suit un jeune homme homosexuel qui cherche l’amour et tente de devenir cinéaste. Sagall participe également à la production.
Drifting constitue un tournant important dans le cinéma israélien. Le film aborde frontalement une identité homosexuelle à une époque où le sujet reste peu représenté. Sagall quitte complètement l’image de la comédie adolescente. Sa performance reçoit une forte reconnaissance nationale.
Le film est présenté dans plusieurs festivals, notamment à Berlin. Sagall découvre ainsi le circuit du cinéma d’auteur international. Cette expérience influence profondément son désir de réaliser. Il comprend qu’un acteur peut aussi utiliser le cinéma pour construire sa propre vision.
En 1984, il apparaît dans La Petite fille au tambour de George Roy Hill, adaptation du roman de John le Carré. Il donne la réplique à Diane Keaton dans un récit d’espionnage lié au conflit israélo-palestinien. Sagall rejoint une production internationale majeure. Son bilinguisme et son expérience israélienne deviennent des atouts.
Au milieu des années 1980, il commence à écrire et réaliser des courts métrages. Cette activité reste moins visible que Lemon Popsicle mais constitue une transformation fondamentale. Sagall ne veut plus dépendre uniquement des rôles proposés. Il cherche à maîtriser le scénario, la mise en scène et la production.
En 1993, Steven Spielberg le choisit pour incarner Poldek Pfefferberg dans La Liste de Schindler. Le personnage est un survivant réel dont la persévérance a directement conduit Thomas Keneally à écrire Schindler’s Ark puis Spielberg à réaliser le film. Sagall joue donc une figure essentielle à la naissance même de l’œuvre.
Pfefferberg est présenté comme un homme débrouillard, rapide et capable de naviguer dans le marché noir de Cracovie. Il connaît Schindler et lui fournit des marchandises. Sagall apporte au personnage une énergie nerveuse qui correspond aux témoignages sur le véritable Poldek. Le rôle lui offre l’un de ses grands crédits internationaux.
La dimension historique est renforcée par le fait que plusieurs membres de la propre famille de Sagall ont été touchés par la Shoah. L’acteur travaille donc dans un récit qui ne lui est pas culturellement extérieur. Il doit toutefois distinguer sa mémoire familiale du personnage réel. Cette distance est essentielle pour éviter une interprétation simplement symbolique.
La Liste de Schindler remporte sept Oscars et devient un monument du cinéma. Sagall apparaît également dans l’épilogue où acteurs et survivants se rendent sur la tombe de Schindler. La rencontre entre Jonathan et le véritable Pfefferberg donne au tournage une dimension particulière. L’acteur incarne un homme présent sur le plateau et directement impliqué dans le film.
Après Spielberg, Sagall continue à développer ses propres projets. En 1998 et 1999, Urban Feel devient son grand film d’auteur. Il écrit, réalise, produit et joue dans cette œuvre consacrée à des relations sentimentales et familiales dans un environnement urbain israélien. Le film est sélectionné en compétition au Festival international de Berlin.
Urban Feel reçoit plusieurs distinctions et confirme que Sagall n’est pas seulement un acteur devenu réalisateur par opportunité. Il possède une véritable écriture personnelle. Le projet s’intéresse à l’intimité, au désir et aux fractures familiales. Son style s’éloigne fortement du cinéma populaire de Lemon Popsicle.
Il travaille également pour la télévision et écrit des textes. Sagall participe notamment à une version israélo-palestinienne de Sesame Street comme auteur. Cette expérience montre un intérêt pour des projets culturels capables de franchir les frontières. L’écriture devient une part durable de son activité.
En 2007, il apparaît dans la série HaMakom. Le retour à la télévision montre qu’il n’abandonne jamais complètement l’interprétation. Sagall peut désormais choisir les rôles en parallèle de ses projets d’auteur. Cette liberté est l’un des résultats de sa longue expérience.
En 2011, Lipstikka marque une nouvelle étape comme réalisateur. Le film, coproduction israélo-britannique, suit deux femmes palestiniennes vivant à Londres et confrontées à un souvenir de leur jeunesse à Ramallah. Sagall écrit, réalise et produit l’œuvre. Le récit explore mémoire, désir, culpabilité et conséquences de la violence.
Lipstikka est sélectionné en compétition au Festival de Berlin. Le film est également présenté à Jérusalem, Toronto et Seattle. Cette circulation internationale confirme la place de Sagall dans un cinéma d’auteur exigeant. Il obtient une reconnaissance très différente de la popularité de ses débuts.
Le projet montre aussi sa capacité à raconter des personnages féminins et palestiniens sans se placer lui-même au centre. Sagall utilise le cinéma pour questionner les rapports entre mémoire personnelle et contexte politique. Cette ambition distingue fortement sa filmographie de réalisateur. Elle explique sa présence régulière dans les festivals.
Il écrit et met également en scène plusieurs pièces de théâtre. La scène reste donc présente après sa formation londonienne. Sagall utilise les dialogues et les espaces réduits pour explorer des relations que le cinéma traite autrement. Cette activité complète une identité d’auteur véritablement multidisciplinaire.
Son parcours est marqué par une tension féconde entre popularité et création personnelle. Lemon Popsicle lui a donné une célébrité immédiate, La Liste de Schindler une visibilité mondiale et Urban Feel puis Lipstikka une légitimité d’auteur. Peu d’artistes passent avec autant de netteté entre ces trois mondes.
En 2026, Jonathan Sagall reste principalement identifié à Momo et Poldek Pfefferberg comme acteur, tandis que Urban Feel et Lipstikka résument son œuvre de réalisateur. Sa carrière ne se mesure donc pas seulement au nombre de films tournés. Elle montre surtout une volonté constante de transformer l’expérience d’interprète en une parole personnelle sur l’identité, le désir et la mémoire.
Parcours et dates clés
Cinéma / Interprétation
– 1978 – Lemon Popsicle – Momo
– 1979 à 1988 – Plusieurs suites de Lemon Popsicle – Momo
– 1983 – Drifting / Nagua – Robi et coproducteur
– 1984 – La Petite fille au tambour – Teddy
– 1993 – La Liste de Schindler – Poldek Pfefferberg
– 1999 – Urban Feel – Emanuel
Réalisation / Écriture
– 1999 – Urban Feel – scénariste, réalisateur et producteur
– 2011 – Lipstikka – scénariste, réalisateur et producteur
Festivals / Distinctions
– 1999 – Urban Feel – sélection au Festival de Berlin
– 2011 – Lipstikka – compétition au Festival de Berlin et sélections internationales
Repères personnels
– 23 avril 1959 – Naissance à Toronto, Canada
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