La liste de Shindler
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Leopold Kozłowski-Kleinman est un pianiste, compositeur, chef d’orchestre et acteur polonais né le 26 novembre 1918 à Przemyślany, près de Lwów, et mort le 12 mars 2019 à Cracovie à l’âge de cent ans. Issu d’une grande famille de musiciens klezmer, survivant de la Shoah, il devient après la guerre l’un des principaux gardiens et passeurs de la tradition musicale juive en Pologne. Surnommé le « dernier klezmer de Galicie », il compose, arrange, dirige et se produit pendant plusieurs décennies. Il participe aussi à La Liste de Schindler comme acteur et conseiller musical.
Kozłowski naît dans une famille où la musique fait partie du quotidien. Son grand-père Pejsach Brandwein dirige un ensemble klezmer réputé en Galicie et plusieurs membres de la famille deviennent musiciens professionnels. Leopold apprend très tôt le piano et l’accordéon. La tradition se transmet donc directement d’une génération à l’autre.
Avant la guerre, il étudie la musique et se prépare à une carrière professionnelle. La Galicie est alors un espace culturel où traditions polonaises, ukrainiennes et juives se croisent. Kozłowski grandit dans cet univers multilingue et musical. L’invasion de la Pologne et la Shoah détruisent brutalement cet environnement.
Pendant l’occupation nazie, sa famille est persécutée. Kozłowski passe par des camps et des situations de travail forcé. La musique devient parfois un moyen de survie, puisqu’il est contraint de jouer ou de composer pour ses bourreaux. Cette expérience marque profondément toute la suite de sa vie.
Il perd une grande partie de sa famille pendant la Shoah. Après avoir réussi à survivre, il rejoint les forces combattantes qui participent à la lutte contre l’occupation. La guerre détruit presque entièrement le monde klezmer de son enfance. Kozłowski se retrouve donc porteur d’une mémoire musicale devenue extrêmement fragile.
Après 1945, il reprend des études et une activité professionnelle dans la musique. Il se forme à la direction et travaille avec des ensembles militaires et des orchestres. La Pologne communiste offre certaines structures institutionnelles mais impose également de fortes contraintes culturelles. Kozłowski réussit néanmoins à conserver un lien avec la musique juive.
Pendant plusieurs décennies, il dirige des ensembles de chant et de danse militaires. Cette activité lui donne une solide expérience de l’orchestration et de la scène. Il compose et arrange pour différents formats. Son travail ne se limite donc pas au klezmer traditionnel, même si celui-ci restera progressivement au centre de son identité publique.
L’année 1968 marque une période particulièrement difficile pour de nombreux Juifs polonais en raison de la campagne antisémite menée par le pouvoir. Kozłowski quitte ses fonctions militaires. Il reste cependant en Pologne, contrairement à de nombreux artistes et intellectuels contraints à l’émigration. Cette décision lui permettra plus tard de participer directement à la renaissance de la culture juive locale.
À Cracovie, il devient progressivement une figure centrale de la mémoire musicale juive. Il travaille comme pianiste, compositeur et directeur musical. Les chansons yiddish et klezmer qu’il avait apprises avant la guerre retrouvent une nouvelle audience. Kozłowski refuse que cette musique soit considérée uniquement comme un vestige funéraire.
Son approche est profondément vivante. Il adapte, arrange et fait évoluer les morceaux tout en respectant leur esprit. Il accompagne des chanteurs et forme de jeunes musiciens. Cette transmission devient une mission personnelle à mesure que disparaissent les représentants de sa génération.
En 1982, il participe à la musique d’Austeria de Jerzy Kawalerowicz. Le film se déroule dans une communauté juive de Galicie au début de la Première Guerre mondiale. Pour Kozłowski, le projet possède une proximité évidente avec le monde de son enfance. Sa contribution apporte une grande authenticité musicale.
Il travaille également autour de Rothschild’s Violin à la fin des années 1980. Ces projets renforcent sa place comme spécialiste de la musique juive d’Europe centrale. Kozłowski devient un interlocuteur recherché par les réalisateurs souhaitant représenter cet univers sans simplification folklorique. Son expérience personnelle possède une valeur irremplaçable.
Après la chute du communisme, la culture juive connaît une nouvelle visibilité à Cracovie. Le quartier de Kazimierz devient un lieu de festivals, concerts et mémoire. Kozłowski y joue régulièrement et devient presque une figure emblématique. Son piano accompagne la transformation culturelle de la ville.
En 1993, Steven Spielberg fait appel à lui pour La Liste de Schindler. Kozłowski apparaît à l’écran comme investisseur Andrzej Farber et conseille également la production sur la musique du ghetto. Son rôle dépasse donc largement celui d’un simple figurant. Il apporte à l’équipe une mémoire directe du monde que le film cherche à reconstituer.
La participation à La Liste de Schindler lui donne une reconnaissance internationale considérable. Le film est tourné à Cracovie, dans des lieux proches de ceux où il vit et travaille. Kozłowski voit ainsi une production hollywoodienne raconter une partie de l’histoire qu’il a lui-même traversée. Cette expérience possède une dimension profondément personnelle.
Il continue ensuite à donner des concerts en Pologne et à l’étranger. Sa personnalité chaleureuse, son humour et son énergie en font un interprète très apprécié. Même à un âge avancé, il reste capable de transformer un concert en moment de transmission. Le public ne vient pas seulement écouter une tradition, mais rencontrer un homme qui l’incarne.
En 1999, il apparaît dans Voyages comme le pianiste Dav Rosinski. Le film franco-polonais explore la mémoire de la Shoah et les déplacements entre générations. Kozłowski y apporte de nouveau sa présence réelle à une fiction. Le lien entre musique, cinéma et mémoire traverse donc plusieurs décennies de sa carrière.
Il publie et enregistre plusieurs œuvres consacrées au répertoire yiddish. Des chanteurs viennent travailler avec lui pour apprendre les nuances de cette tradition. Kozłowski devient une référence internationale du klezmer polonais. Son influence dépasse largement le nombre de disques publiés sous son nom.
À Cracovie, il reçoit plusieurs honneurs et devient citoyen d’honneur de la ville. Cette reconnaissance possède une forte portée symbolique pour un survivant d’une communauté presque entièrement détruite. Kozłowski participe également à de nombreux événements du Festival de la culture juive. Sa présence donne au festival un lien direct avec la génération d’avant-guerre.
Son surnom de « dernier klezmer de Galicie » résume une partie de son importance mais peut aussi être trompeur. Kozłowski ne se considère pas comme un musée vivant. Il cherche au contraire à transmettre la musique pour qu’elle survive entre les mains de jeunes artistes. La continuité lui importe davantage que la nostalgie.
Il continue à se produire très tard dans sa vie. Son centième anniversaire devient un événement largement célébré. Peu d’artistes ayant connu la Galicie d’avant-guerre sont encore en mesure de témoigner publiquement à cet âge. Kozłowski relie ainsi près d’un siècle d’histoire européenne.
Leopold Kozłowski meurt le 12 mars 2019 à Cracovie, quelques mois après avoir atteint cent ans. Les hommages insistent sur son rôle de gardien de la musique juive polonaise et sur son extraordinaire capacité de transmission. Sa disparition marque la fin d’un lien direct avec une tradition familiale remontant au XIXe siècle.
En 2026, son héritage reste présent dans les festivals, enregistrements et mémoires de Cracovie. La Liste de Schindler lui a donné une visibilité mondiale, mais Austeria, ses concerts et son enseignement racontent mieux la profondeur de son œuvre. Leopold Kozłowski demeure l’une des figures essentielles de la renaissance du klezmer en Pologne après la Shoah.
Parcours et dates clés
Musique / Transmission
– Années 1930 – Formation musicale dans la tradition klezmer familiale
– Années 1940 – Survie à la Shoah et poursuite de la musique dans des conditions de persécution
– Années 1950 à 1968 – Direction d’ensembles militaires de chant et de danse
– Années 1980 à 2018 – Transmission et renaissance du répertoire klezmer et yiddish à Cracovie
Cinéma / Musique de film
– 1982 – Austeria – contribution musicale
– 1988 – Rothschild’s Violin – contribution musicale
– 1993 – La Liste de Schindler – Andrzej Farber et conseiller musical
– 1999 – Voyages – pianiste Dav Rosinski
Récompenses et distinctions
– Années 2000 – Citoyen d’honneur de Cracovie et nombreuses distinctions culturelles
Repères personnels
– 26 novembre 1918 – Naissance à Przemyślany, près de Lwów
– 12 mars 2019 – Décès à Cracovie, Pologne, à l’âge de 100 ans
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...