La liste de Shindler
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...

Jerzy Nowak est un acteur et pédagogue polonais né le 20 juin 1923 à Brzesko et mort le 26 mars 2013 à Varsovie. Sa carrière traverse plus d’un demi-siècle de théâtre, de cinéma et de télévision. Ancien résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il se forme à Cracovie après le conflit et devient une figure durable du Stary Teatr. À l’étranger, il est surtout connu pour La Liste de Schindler et Trois couleurs : Blanc, mais son importance dans le théâtre polonais est beaucoup plus vaste.
Nowak entre dans l’âge adulte au moment de l’occupation allemande de la Pologne. Pendant la guerre, il participe à la résistance et combat avec les partisans. Cette expérience marque profondément une génération entière d’artistes polonais. Elle donne aussi une résonance particulière aux nombreux rôles historiques qu’il jouera ensuite.
Après la guerre, il choisit le théâtre comme profession. Il étudie à l’École nationale supérieure d’art dramatique de Cracovie et obtient son diplôme en 1948. La formation de l’après-guerre vise à reconstruire une vie culturelle largement détruite. Nowak appartient à ceux qui vont participer à cette reconstruction pendant plusieurs décennies.
Il commence à travailler sur scène et développe rapidement une réputation d’acteur de caractère. Son physique, sa voix et son sens du détail lui permettent d’incarner des personnages très différents. Il n’est pas construit comme une vedette romantique. Sa force réside plutôt dans la capacité à rendre un second rôle immédiatement vivant.
Le Stary Teatr de Cracovie devient l’une de ses grandes maisons artistiques. Nowak y travaille avec plusieurs générations de metteurs en scène et d’acteurs. Il interprète aussi bien des textes classiques que des œuvres contemporaines. Cette longévité lui donne une place particulière dans l’histoire de l’institution.
Au cinéma, il commence à apparaître dans des productions polonaises au fil des années 1950 et 1960. Les rôles restent souvent secondaires, mais ils lui permettent de travailler avec des réalisateurs majeurs. Nowak appartient à cette catégorie d’interprètes dont le visage devient familier sans que le public connaisse toujours immédiatement le nom. Sa filmographie se densifie progressivement.
En 1975, il apparaît dans La Terre de la grande promesse d’Andrzej Wajda. Le film adapte le roman de Władysław Reymont et observe l’industrialisation de Łódź à la fin du XIXe siècle. Nowak participe à une vaste fresque sociale sur l’argent, l’ambition et les tensions entre communautés. Le film devient l’un des grands classiques du cinéma polonais.
Il continue ensuite à travailler au cinéma et à la télévision, souvent dans des rôles de Juifs, de paysans, d’hommes modestes ou de figures âgées. Cette spécialisation ne doit pas être confondue avec une absence de diversité. Nowak sait au contraire modifier le ton selon les réalisateurs. Sa formation théâtrale lui donne une grande précision dans les petits rôles.
Au début des années 1990, Steven Spielberg tourne La Liste de Schindler en Pologne et fait appel à de nombreux acteurs locaux. Jerzy Nowak y incarne Fischel Friehof, l’un des investisseurs juifs associés à Oskar Schindler. Le rôle est limité mais participe à la représentation de l’économie et des relations autour de l’usine. Nowak apporte sa longue expérience à une distribution très internationale.
Le film reçoit sept Oscars et devient une œuvre majeure sur la Shoah. Pour Nowak, cette participation possède une dimension particulière en raison de son propre vécu de la guerre. Il ne joue pas son histoire personnelle, mais appartient à une génération qui a directement connu l’occupation. Cette présence donne un poids supplémentaire à son intervention.
En 1994, Krzysztof Kieślowski le dirige dans Trois couleurs : Blanc. Nowak y joue un paysan ou un homme de terrain dans une œuvre sur l’humiliation, la revanche et le retour en Pologne. Le film constitue le deuxième volet de la trilogie Bleu-Blanc-Rouge. Sa présence rappelle la proximité de l’acteur avec les grands auteurs du cinéma polonais.
La même période, il se consacre à un rôle qui deviendra emblématique au théâtre : le Singer Hirsch dans Les Noces de Stanisław Wyspiański. À partir de 1994, il interprète ce personnage de manière régulière et durable. Le rôle devient presque une signature. Il résume son rapport à la mémoire juive et à l’histoire culturelle de Cracovie.
Nowak continue à jouer pendant les années 1990 et 2000. Il ne se retire pas lorsque les modes de production changent après la chute du communisme. Au contraire, il s’adapte aux nouvelles séries, téléfilms et productions indépendantes. Sa présence permet de relier plusieurs générations de cinéma polonais.
Son rapport à la mort devient publiquement connu au milieu des années 2000. Il décide de faire don de son corps à la médecine après son décès, choix qui suscite de nombreuses discussions. Cette décision est liée à une réflexion personnelle sur la transmission et l’utilité du corps. Elle ne relève pas d’une simple provocation médiatique.
En 2007, le documentaire Istnienie, réalisé par Marcin Koszałka, se concentre sur cette réflexion. Le film observe Nowak face à la vieillesse, à la maladie supposée et à l’idée de sa propre disparition. Le projet attire une forte attention en Pologne. Il montre l’acteur dans une position bien différente de ses rôles de fiction.
Le documentaire brouille volontairement la frontière entre représentation et réalité. Nowak y parle de sa vie, de son métier et de ce qu’il souhaite laisser après lui. La question du corps donné à l’université devient un symbole de continuité. Même la mort peut devenir une forme de transmission.
En 2009, il publie avec son épouse une autobiographie ou un livre de souvenirs intitulé Książka o miłości, souvent traduit comme Livre d’amour. L’ouvrage revient sur leur relation et sur le parcours de l’acteur. Il reçoit une reconnaissance locale à Cracovie. Cette publication ajoute l’écriture à son héritage.
Jerzy Nowak continue à participer à la vie culturelle jusqu’à un âge avancé. Son expérience fait de lui un témoin privilégié de l’évolution du théâtre polonais depuis l’après-guerre. Il a connu des institutions publiques très structurées, la censure, la transition démocratique puis les nouvelles formes de production. Peu d’acteurs ont traversé autant de périodes.
Il meurt le 26 mars 2013 à Varsovie à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Les hommages soulignent autant son activité théâtrale que ses rôles au cinéma. Son corps est effectivement destiné à l’enseignement médical conformément à sa volonté. Cette dernière décision prolonge symboliquement son rôle de pédagogue.
En 2026, La Liste de Schindler reste son crédit le plus connu du public international, mais sa carrière doit être replacée dans l’histoire plus large du théâtre de Cracovie. La Terre de la grande promesse, Trois couleurs : Blanc et Istnienie montrent des facettes très différentes de son parcours. Jerzy Nowak demeure une figure de transmission, reliant guerre, théâtre, cinéma et mémoire.
Parcours et dates clés
Formation / Théâtre
– 1948 – Diplôme de l’école d’art dramatique de Cracovie
– 1994 à 2010 – Interprétation récurrente de Singer Hirsch dans Les Noces
Cinéma
– 1975 – La Terre de la grande promesse – participation
– 1993 – La Liste de Schindler – Fischel Friehof
– 1994 – Trois couleurs : Blanc – participation
Documentaire / Publications
– 2007 – Istnienie – documentaire consacré à son rapport à la mort et au don du corps
– 2009 – Książka o miłości – publication avec son épouse
Repères personnels
– 20 juin 1923 – Naissance à Brzesko, Pologne
– 1939 à 1945 – Participation à la résistance polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale
– 26 mars 2013 – Décès à Varsovie, Pologne
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