La liste de Shindler
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...

Leopold « Poldek » Pfefferberg, également connu aux États-Unis sous le nom de Leopold Page, est un survivant polono-américain de la Shoah né le 20 mars 1913 à Cracovie et mort le 9 mars 2001 à Los Angeles. Sauvé avec son épouse Mila par Oskar Schindler, il consacre une grande partie de sa vie d’après-guerre à faire connaître l’histoire de l’industriel allemand. Sa rencontre fortuite avec l’écrivain Thomas Keneally conduit directement au roman Schindler’s Ark. Sa persévérance joue ensuite un rôle décisif dans l’adaptation réalisée par Steven Spielberg.
Pfefferberg grandit dans une famille juive de Cracovie. Il étudie à l’Université Jagellonne et obtient une formation supérieure en philosophie et en éducation physique. Sportif et pédagogue, il devient enseignant dans un lycée de la ville. Avant la guerre, son avenir semble donc lié à l’éducation plutôt qu’à l’histoire ou au cinéma.
En septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. Pfefferberg rejoint l’armée polonaise et participe à la défense du pays. Il est blessé à la jambe près de la rivière San. Un sergent-major le transporte vers un hôpital de campagne et lui sauve probablement la vie.
Après la défaite militaire, il retourne à Cracovie et rejoint sa famille. Les mesures antisémites se multiplient rapidement. Les Juifs sont exclus de nombreuses professions, déplacés puis enfermés dans le ghetto. Pfefferberg voit son existence d’enseignant disparaître en quelques mois.
C’est dans ce contexte qu’il rencontre Oskar Schindler. L’industriel allemand s’installe à Cracovie pour profiter des opportunités économiques liées à l’occupation. La mère de Pfefferberg réalise des travaux de décoration pour son appartement. Poldek devient progressivement l’un de ses contacts avec le marché noir.
Pfefferberg aide Schindler à obtenir des marchandises difficiles à trouver dans l’économie officielle. Cette activité est dangereuse mais essentielle au fonctionnement des réseaux de survie. Elle crée entre les deux hommes une relation de confiance. Schindler découvre aussi progressivement les conditions imposées à ses ouvriers juifs.
En 1941, Poldek épouse Ludmila, appelée Mila ou Misia. Le couple doit construire sa vie sous la menace permanente des rafles et des déportations. Tous deux sont ensuite envoyés au camp de Płaszów. La proximité avec l’usine de Schindler augmente leurs chances de survie, sans jamais supprimer le danger.
Płaszów est dirigé par Amon Göth, commandant connu pour sa brutalité. Pfefferberg observe directement les exécutions, les humiliations et le travail forcé. Plusieurs membres de sa famille sont assassinés pendant la Shoah. Poldek et Mila survivent grâce à leur intégration dans le groupe de travailleurs protégés par Schindler.
Lorsque l’avancée soviétique pousse les nazis à fermer Płaszów, Schindler obtient l’autorisation de transférer son usine vers Brünnlitz, en Moravie. Une liste de travailleurs doit être établie. Poldek et Mila figurent parmi les personnes transférées. Cette présence sur la « liste » leur évite une déportation vers un centre d’extermination.
À Brünnlitz, Schindler utilise sa fortune et ses relations pour protéger les ouvriers. La production militaire reste volontairement peu efficace. Des vivres et médicaments sont obtenus par différents moyens. Pfefferberg considère que l’industriel leur a littéralement rendu la vie.
La guerre se termine en 1945. Poldek et Mila survivent, mais une grande partie de leur famille et de leur communauté a disparu. Le couple quitte l’Europe et émigre aux États-Unis. Comme de nombreux survivants, ils doivent reconstruire une existence presque à partir de rien.
Ils s’installent en Californie et adoptent aussi le nom Page, plus facile à utiliser dans la vie américaine. Pfefferberg ouvre un commerce de maroquinerie et de bagages à Beverly Hills. La boutique devient sa nouvelle activité. Mais l’histoire de Schindler reste constamment présente dans son esprit.
Poldek se donne progressivement une mission : faire connaître au monde celui qu’il considère comme son sauveur. Il contacte des journalistes, scénaristes, producteurs et réalisateurs. Il tente dès les années 1950 et 1960 de susciter un film. Plusieurs projets sont envisagés puis abandonnés.
Il approche notamment Fritz Lang et participe à des démarches auprès de studios américains. Un projet MGM est développé dans les années 1960 avec un traitement scénaristique. Rien n’aboutit durablement. Pfefferberg refuse pourtant d’abandonner.
La mort d’Oskar Schindler en 1974 pourrait sembler mettre fin à cette quête. Poldek continue au contraire à conserver documents, témoignages et souvenirs. Il comprend que le temps joue contre les survivants. Chaque année rend plus urgente la nécessité de fixer l’histoire.
En 1980, le hasard transforme son combat. L’écrivain australien Thomas Keneally entre dans sa boutique de Beverly Hills pour chercher ou réparer une mallette. Pfefferberg apprend qu’il est romancier et commence immédiatement à lui raconter l’histoire de Schindler. Keneally est d’abord surpris par l’énergie de son interlocuteur.
Poldek ouvre alors ses dossiers. Il montre des documents, des photographies et des témoignages accumulés pendant des décennies. Keneally comprend rapidement qu’il existe une histoire exceptionnelle. Pfefferberg ne se contente pas de lui donner une idée ; il devient un véritable guide de recherche.
Les deux hommes voyagent ensemble en Pologne. Poldek accompagne Keneally à Cracovie, Płaszów et dans plusieurs lieux liés à Schindler. Il présente des survivants et aide à reconstruire les événements. Son rôle dépasse largement celui d’un simple témoin.
Keneally publie Schindler’s Ark en 1982. Le livre reçoit le Booker Prize et connaît un grand succès international. L’écrivain le dédie notamment à Pfefferberg, soulignant que son zèle et sa persévérance ont rendu le livre possible. Pour Poldek, une première partie de sa mission est accomplie.
Il veut cependant un film. Pfefferberg sait qu’une œuvre cinématographique touchera un public encore plus large. Il cherche donc à convaincre Steven Spielberg. Le réalisateur s’intéresse au livre mais ne se sent pas immédiatement prêt à traiter la Shoah.
Pendant des années, Poldek maintient la pression. Il appelle, écrit et relance l’entourage du cinéaste. Cette persévérance devient presque légendaire. Pfefferberg affirme plus tard avoir attendu environ une décennie entre les premières discussions et le tournage.
Au début des années 1990, Spielberg décide finalement de réaliser La Liste de Schindler. Poldek devient conseiller du projet. Il accompagne le réalisateur en Pologne et lui montre les lieux liés à l’histoire. Sa connaissance personnelle donne au film un lien direct avec les survivants.
Dans le film, Jonathan Sagall incarne Pfefferberg. Le personnage apparaît comme un homme débrouillard, proche de Schindler et actif dans les échanges du marché noir. Mila est jouée par Adi Nitzan. Cette représentation donne à Poldek l’expérience singulière de voir sa propre jeunesse reconstruite par des acteurs.
Pfefferberg apparaît lui-même dans l’épilogue tourné en Israël. Les survivants réels et les acteurs qui les interprètent se rendent sur la tombe d’Oskar Schindler à Jérusalem. Ce passage relie directement la fiction au témoignage. Poldek devient ainsi présent dans l’œuvre qu’il a contribué à faire exister.
La Liste de Schindler sort en 1993 et remporte sept Oscars. Le film devient un événement mondial. Pour Pfefferberg, cette reconnaissance n’est pas une réussite personnelle au sens classique. Elle représente l’accomplissement d’une promesse faite au souvenir de Schindler et aux personnes sauvées.
Il résume souvent sa mission par une idée simple : Schindler lui a donné la vie, et lui voulait donner à Schindler une forme d’immortalité. Cette formule explique des décennies de démarches. Pfefferberg transforme la dette du survivant en projet culturel. Sa persévérance change réellement la mémoire mondiale de Schindler.
Il contribue aussi à la création d’une fondation consacrée aux humanités et à l’héritage d’Oskar Schindler. Ses dernières années restent liées aux témoignages, aux projections et aux commémorations. Poldek devient une figure de la transmission de la Shoah. Son commerce de Beverly Hills est désormais indissociable d’une histoire mondiale.
Leopold Pfefferberg meurt le 9 mars 2001 en Californie, quelques jours avant son quatre-vingt-huitième anniversaire. Mila lui survit. Les hommages rappellent que sans lui, le livre de Keneally et peut-être le film de Spielberg n’auraient jamais existé sous la même forme. Son rôle historique dépasse donc largement sa propre survie.
En 2026, Poldek Pfefferberg demeure l’un des exemples les plus frappants du pouvoir d’un témoin persévérant. Il a survécu à Płaszów et Brünnlitz, reconstruit sa vie aux États-Unis puis passé des décennies à raconter Schindler. Son histoire montre comment une rencontre dans une boutique de bagages a pu transformer une mémoire privée en livre mondialement lu puis en film devenu un monument du cinéma.
Parcours et dates clés
Formation / Avant-guerre
– Années 1930 – Études à l’Université Jagellonne et activité de professeur d’éducation physique à Cracovie
Seconde Guerre mondiale
– 1939 – Engagement dans l’armée polonaise et blessure lors de l’invasion allemande
– 1941 – Mariage avec Ludmila « Mila »
– 1943 à 1944 – Déportation et travail forcé à Płaszów
– 1944 à 1945 – Transfert à Brünnlitz parmi les Schindlerjuden
Transmission / Livre / Film
– 1980 – Rencontre avec Thomas Keneally à Beverly Hills
– 1982 – Publication de Schindler’s Ark, fruit de ses témoignages et recherches
– 1993 – Conseiller de La Liste de Schindler et apparition dans l’épilogue
Repères personnels
– 20 mars 1913 – Naissance à Cracovie, Pologne
– 9 mars 2001 – Décès à Los Angeles, États-Unis
Evocation des années de guerre d'Oskar Schindler, fils d'industriel d'origine au ...